Mis à jour le 18 mai 2026
Le vignoble du Beaujolais occupe une position singulière dans le paysage viticole français : adossé à un seul cépage rouge (le gamay noir), structuré autour de douze appellations (l'AOC régionale Beaujolais, l'AOC Beaujolais-Villages et les dix crus du Beaujolais), il a connu, au cours des deux dernières décennies, plusieurs cycles de hausse et de repli. Aujourd'hui, le bassin attire à nouveau les acquéreurs en quête de domaines à fort potentiel de revalorisation. Nous analysons ici le prix des vignes viticoles en Beaujolais sur la période 2020-2025, à partir des données DVF (Demandes de Valeurs Foncières) et des références SAFER. Les chiffres 2025, désormais complets, constituent notre année de référence principale ; les chiffres 2024 fournissent une base de comparaison robuste. Le prix médian DVF 2025 s'établit à 39 312 €/ha, en repli marqué depuis le pic de 2020 mais avec un léger rebond par rapport à 2024. À noter : l'année 2020 ne couvre que le second semestre. Cet article s'inscrit dans notre observatoire du prix des vignes en France.
Le vignoble du Beaujolais s'étend sur environ 14 500 hectares plantés en AOC, répartis entre le Rhône (69) — qui couvre la majeure partie du vignoble — et le sud de la Saône-et-Loire (71) pour les communes classées en AOC Beaujolais. La hiérarchie des appellations est claire : Beaujolais et Beaujolais Nouveau en bas, Beaujolais-Villages au milieu, et au sommet les dix crus du Beaujolais (Brouilly, Côte-de-Brouilly, Chénas, Chiroubles, Fleurie, Juliénas, Morgon, Moulin-à-Vent, Régnié et Saint-Amour), chacun avec ses spécificités terroir.
Sur la période S2 2020 – 2025, notre observatoire a retenu 959 transactions de vignes en Beaujolais (croisement INAO commune par commune appliqué pour distinguer les transactions AOC Beaujolais des AOC Bourgogne en Saône-et-Loire). Le prix moyen s'établit à 51 013 €/ha et le prix médian à 42 197 €/ha. La proximité entre moyenne et médiane (1,21×) traduit un marché relativement homogène, sans la polarisation extrême observée à Bordeaux ou en Bourgogne.
| Année | Volume | Prix moyen | Prix médian | Surface moy. (m²) |
|---|---|---|---|---|
| 2020 * | 82 | 59 027 €/ha | 63 648 €/ha | 9 037 |
| 2021 | 184 | 55 268 €/ha | 56 391 €/ha | 11 719 |
| 2022 | 190 | 44 981 €/ha | 32 428 €/ha | 10 626 |
| 2023 | 174 | 55 909 €/ha | 47 144 €/ha | 9 770 |
| 2024 | 176 | 49 098 €/ha | 36 667 €/ha | 8 179 |
| 2025 | 153 | 45 722 €/ha | 39 312 €/ha | 10 397 |
* 2020 : second semestre uniquement.

Évolution annuelle des prix DVF — Beaujolais — Source : DVF, traitement ma-propriete.fr
La trajectoire est globalement baissière sur la période. Le prix médian est passé de 63 648 €/ha en 2020 à 39 312 €/ha en 2025, soit un repli de 38 % en cinq ans, avec un creux marqué en 2022 (32 428 €/ha). Cette évolution s'inscrit dans le contexte de tensions persistantes sur les cours du vrac Beaujolais et de l'attentisme observé depuis 2022. Le rebond partiel en 2023 (médian 47 144 €/ha) n'a pas été confirmé en 2024 et 2025. La moyenne, plus stable, oscille autour de 45 000-55 000 €/ha, signe que les transactions exceptionnelles sur les crus (Moulin-à-Vent, Fleurie, Morgon) maintiennent un plancher.
La surface moyenne transactée (autour de 10 000 m²) est typique d'un vignoble où l'exploitation à dimension domaniale reste dominante, mais la transmission parcellaire représente une part significative des cessions. Le volume de transactions reste élevé et stable autour de 170-190 par an, signe d'une bonne liquidité du marché.
La SAFER ne publie pas de statistique spécifique pour le Beaujolais : ce vignoble est intégré à l'ensemble "Bourgogne-Beaujolais-Savoie-Jura". Les chiffres ci-dessous traduisent donc la dynamique de cet ensemble élargi, dans lequel la Bourgogne pèse fortement.
| Année | Prix moyen (€/ha) | Évolution sur 5 ans |
|---|---|---|
| 2000 | 90 144 | — |
| 2010 | 126 832 | + 41 % |
| 2020 | 201 900 | + 59 % |
| 2024 | 295 900 | + 47 % |

Prix moyen SAFER des vignes AOP Bourgogne-Beaujolais-Savoie-Jura — Source : Ministère de l'Agriculture / SAFER
L'évolution SAFER agrégée masque la trajectoire spécifique du Beaujolais : la progression de l'ensemble est en effet tirée par la Bourgogne, dont les niveaux sont bien supérieurs. Pour le seul Beaujolais, la moyenne SAFER 2024 peut être estimée autour de 50 000-65 000 €/ha, soit un niveau cohérent avec la moyenne DVF observée (49 098 €/ha en 2024).

Volume et prix médian par département — Beaujolais, S2 2020 – 2025 — Source : DVF, traitement ma-propriete.fr
Le département du Rhône concentre la quasi-totalité du vignoble du Beaujolais : 811 transactions sur la période, prix moyen 44 634 €/ha, prix médian 35 480 €/ha. La surface moyenne (10 637 m²) est conforme aux pratiques régionales. Le département couvre l'ensemble des crus (Brouilly, Côte-de-Brouilly, Chénas, Chiroubles, Fleurie, Juliénas, Morgon, Moulin-à-Vent, Régnié, Saint-Amour) et l'essentiel de l'AOC Beaujolais et Beaujolais-Villages. Le maximum observé (350 000 €/ha) correspond à des parcelles emblématiques de Moulin-à-Vent ou Fleurie.

Rhône (69) — partie AOC Beaujolais — Évolution annuelle — Source : DVF, traitement ma-propriete.fr
La partie sud de la Saône-et-Loire est rattachée au vignoble du Beaujolais pour les communes classées en AOC Beaujolais ou Saint-Amour. Notre observatoire recense 148 transactions sur la période, pour un prix moyen de 85 963 €/ha et un médian de 91 598 €/ha. Ces niveaux, sensiblement supérieurs à la moyenne du Rhône AOC Beaujolais, reflètent à la fois la rareté des transactions (faible nombre de communes concernées) et la qualité des terroirs de Saint-Amour, l'un des crus les plus septentrionaux du Beaujolais. La surface moyenne (6 892 m²) est plus contenue qu'en Rhône.

Saône-et-Loire (71) — partie AOC Beaujolais — Évolution annuelle — Source : DVF, traitement ma-propriete.fr
Au-delà de la lecture départementale, le Beaujolais se caractérise par une hiérarchie tripartite des appellations qui détermine fortement les valeurs foncières. L'AOC Beaujolais régionale, qui produit notamment le Beaujolais Nouveau, présente les valeurs les plus modestes, typiquement entre 5 000 et 20 000 €/ha. L'AOC Beaujolais-Villages, couvrant 38 communes du nord du vignoble, se situe entre 15 000 et 40 000 €/ha. Les dix crus du Beaujolais (Brouilly, Côte-de-Brouilly, Chénas, Chiroubles, Fleurie, Juliénas, Morgon, Moulin-à-Vent, Régnié, Saint-Amour) constituent le sommet, avec des valeurs s'étalant de 40 000 à 350 000 €/ha selon la notoriété et la qualité des terroirs.
Cette hiérarchie est en mouvement. Le repositionnement qualitatif du Beaujolais entamé depuis le début des années 2010 — installation de jeunes vignerons, conversion bio massive, montée en notoriété des cuvées parcellaires — soutient durablement la valeur foncière des meilleurs crus, tandis que la base régionale subit l'attentisme du marché. Pour les acquéreurs, le Beaujolais offre donc un éventail de stratégies : exploitation économique sur Beaujolais régional, repositionnement qualitatif en Beaujolais-Villages, projet patrimonial en cru.
La saisonnalité des transactions en Beaujolais est relativement équilibrée : T1 23,0 %, T2 26,8 %, T3 25,3 %, T4 24,8 %. Cette répartition très plate, comparée à la concentration en fin d'année observée à Bordeaux ou à Cognac, traduit un marché continu, peu marqué par les calendriers fiscaux.

Saisonnalité — Beaujolais, volume par trimestre — Source : DVF, traitement ma-propriete.fr
La base DVF recense toutes les mutations immobilières à titre onéreux enregistrées par la DGFiP. Pour isoler les transactions de vignes du Beaujolais parmi cette base, notre observatoire applique plusieurs filtres : sélection des parcelles cadastrées en nature "vignes", croisement avec le référentiel INAO commune par commune (notamment pour distinguer en Saône-et-Loire les transactions AOC Beaujolais des transactions AOC Bourgogne), élimination des transactions atypiques.
L'année 2020 ne couvre que le second semestre. Les biens mixtes (vignes + bâti d'exploitation) sont écartés lorsque la valeur du bâti représente une part significative. La distinction entre l'AOC Beaujolais (régionale), Beaujolais-Villages et les dix crus ne peut être faite directement dans la base DVF : les statistiques publiées agrègent les trois niveaux d'appellation.
La SAFER agrège le Beaujolais avec la Bourgogne, la Savoie et le Jura, ce qui en limite l'utilité pour une analyse spécifique. Notre approche DVF complète cette vision en isolant le seul Beaujolais et en fournissant un prix médian.
| Vignoble | Prix médian 2025 (€/ha) | Article détaillé |
|---|---|---|
| Champagne | 1 000 000 | Champagne |
| Bourgogne | 125 000 | Bourgogne-Franche-Comté |
| Savoie | 57 216 | Savoie |
| Provence | 39 864 | Provence |
| Jura | 39 361 | Jura |
| Beaujolais | 39 312 | Article courant |
| Cognac | 28 636 | Cognac |
| Vallée du Rhône | 20 357 | Vallée du Rhône |
| Val de Loire | 17 000 | Val de Loire |
| Bordeaux | 15 434 | Bordeaux |
| Roussillon | 13 918 | Languedoc-Roussillon |
| Languedoc | 13 531 | Languedoc-Roussillon |
| Sud-Ouest | 9 205 | Sud-Ouest |
Le Beaujolais offre, sur la période 2020-2025, un marché foncier viticole en repli mais à fort potentiel patrimonial. Le prix médian DVF a perdu près de 40 % entre 2020 et 2025, traduisant l'ajustement à la conjoncture des cours du vrac, tandis que les transactions exceptionnelles sur les crus maintiennent une moyenne stable. Le département du Rhône concentre l'essentiel de l'activité ; la partie sud Saône-et-Loire (Saint-Amour) offre des valeurs supérieures pour un nombre limité de cessions. Pour les acquéreurs, la conjoncture ouvre des opportunités d'acquisition à des niveaux historiquement bas, particulièrement sur les Beaujolais et Beaujolais-Villages. Le repositionnement qualitatif engagé par la profession soutient un potentiel de revalorisation à moyen terme sur les meilleurs terroirs et les exploitations bien positionnées. Pour aller plus loin, vous pouvez consulter notre catégorie d'annonces viticoles, nos autres articles sur le prix des vignes ou télécharger notre livre blanc consacré à la création d'un domaine viticole.