Mis à jour le 21 mai 2026
Vignoble emblématique du nord-est de la France, l'Alsace occupe une place singulière dans le paysage viticole français. Avec environ 15 500 hectares de vignes en AOC, répartis sur les flancs orientaux des Vosges, le vignoble alsacien est l'un des plus identitaires de France, organisé autour de cépages emblématiques (riesling, gewurztraminer, pinot gris, sylvaner, pinot blanc, pinot noir, muscat) et d'une AOC unique en France (AOC Alsace, AOC Alsace Grand Cru, AOC Crémant d'Alsace). Singularité notable : le vignoble alsacien n'apparaît pas dans notre observatoire DVF en raison du régime juridique du livre foncier, propre à l'Alsace-Moselle. Notre analyse s'appuie donc exclusivement sur les statistiques SAFER, qui constituent ici la référence unique. Cet article s'inscrit dans notre observatoire du prix des vignes en France.
La base DVF (Demandes de Valeurs Foncières), publiée par la Direction Générale des Finances Publiques, recense l'ensemble des mutations immobilières à titre onéreux enregistrées en France métropolitaine. Elle constitue la source de notre observatoire pour l'ensemble des vignobles français — à l'exception notable des départements Bas-Rhin (67), Haut-Rhin (68) et Moselle (57), qui relèvent du régime du livre foncier d'Alsace-Moselle.
Ce régime, hérité du droit local maintenu après la réintégration de l'Alsace-Moselle à la France en 1918, gère la publicité foncière selon des règles distinctes de celles du reste du territoire national. Les mutations immobilières y sont enregistrées au livre foncier (gestion départementale par les tribunaux d'instance), et non publiées dans la base DVF nationale. Cette singularité juridique, qui ne remet pas en cause la transparence du marché à l'échelle locale, prive notre observatoire d'une source statistique massive pour le vignoble alsacien.
Pour analyser le marché foncier viticole alsacien, nous nous appuyons donc exclusivement sur les statistiques publiées chaque année par le Ministère de l'Agriculture via la SAFER. Ces statistiques, fondées sur une enquête auprès des notaires et un filtrage des transactions de plus d'un demi-hectare en bloc, offrent une vision robuste du marché sur une profondeur historique remarquable (depuis 1991).
La SAFER publie chaque année un prix moyen pour le vignoble "Alsace-Est", qui agrège les vignes AOC Alsace réparties entre Bas-Rhin et Haut-Rhin. Sur l'ensemble de la période 2000-2024, l'évolution est la suivante.
| Année | Prix moyen (€/ha) | Évolution sur 5 ans |
|---|---|---|
| 2000 | 90 544 | — |
| 2005 | 158 278 | + 75 % |
| 2010 | 134 093 | - 15 % |
| 2015 | 127 288 | - 5 % |
| 2020 | 118 500 | - 7 % |
| 2024 | 117 000 | - 1 % |

Prix moyen SAFER des vignes AOP Alsace-Est, 2000-2024 — Source : Ministère de l'Agriculture / SAFER
La trajectoire alsacienne est atypique dans le paysage des grands vignobles français. Sur vingt-cinq ans, le prix moyen SAFER est passé de 90 544 €/ha en 2000 à 117 000 €/ha en 2024, soit une progression de seulement +29 % — bien en deçà de l'inflation cumulée et bien inférieure aux progressions observées dans les autres bassins viticoles français (Bourgogne +228 %, Cognac +240 %, Val de Loire +131 %, Vallée du Rhône-Provence +87 %).
Plus singulièrement, la trajectoire alsacienne se distingue par un pic atteint dès le début des années 2000 (158 278 €/ha en 2005), suivi d'un repli progressif sur les vingt années suivantes. Cette dynamique reflète plusieurs facteurs structurels : un marché historiquement valorisé dès les années 2000 grâce à la notoriété internationale du riesling et du gewurztraminer, mais qui a vu sa croissance plafonner à mesure que la consommation française de vins blancs reculait et que la concurrence internationale s'intensifiait (Allemagne, Autriche, Nouvelle-Zélande sur le riesling notamment).
Plus récemment, la période 2020-2024 confirme une stabilisation autour de 115 000-120 000 €/ha. Le marché alsacien semble avoir trouvé un niveau d'équilibre, soutenu par la qualité reconnue des terroirs, la diversification vers les vins blancs secs et les Grands Crus, mais limité par la faible croissance des débouchés et l'attentisme d'une partie des exploitants face aux enjeux de transmission générationnelle.
L'absence de données DVF interdit une analyse fine par département à la maille communale. Néanmoins, les statistiques historiques SAFER permettent de distinguer deux dynamiques départementales contrastées entre le Bas-Rhin et le Haut-Rhin.

Estimations comparatives Bas-Rhin / Haut-Rhin, 1991 et 2024 — Source : Ministère de l'Agriculture / SAFER (traitement ma-propriete.fr)
Le Bas-Rhin couvre la partie nord du vignoble alsacien, depuis la région de Wissembourg jusqu'à Marlenheim, avec notamment les grands crus Kirchberg de Barr, Wiebelsberg, Muenchberg, Frankstein, Steinklotz, Engelberg, Altenberg de Bergbieten, Kastelberg et Zotzenberg. Le prix moyen historique SAFER en 1991 s'établissait autour de 25 130 €/ha. En 2024, le niveau est estimé autour de 98 000 €/ha, soit une progression cumulée d'environ +290 % sur 33 ans.
Le Bas-Rhin présente structurellement des niveaux inférieurs à ceux du Haut-Rhin. Cette différence reflète la concentration des grands crus les plus prestigieux et la pression patrimoniale plus forte dans le Haut-Rhin (région de Colmar-Riquewihr-Ribeauvillé), ainsi que la moindre intensité touristique du vignoble bas-rhinois.
Le Haut-Rhin couvre la partie sud du vignoble alsacien, autour de Colmar, et concentre la majorité des grands crus les plus emblématiques : Schlossberg, Brand, Hengst, Sommerberg, Mambourg, Furstentum, Sporen, Schoenenbourg, Rangen, Eichberg, Ollwiller, Goldert, Kessler, Marckrain. Le prix moyen historique SAFER en 1991 était de 50 620 €/ha, soit le double du Bas-Rhin. En 2024, le niveau est estimé autour de 136 000 €/ha, soit une progression cumulée d'environ +170 % sur 33 ans.
Le Haut-Rhin bénéficie d'une forte attractivité touristique et patrimoniale, soutenue par la route des vins d'Alsace, le tissu de villages viticoles emblématiques (Riquewihr, Hunawihr, Eguisheim, Kaysersberg) et la densité des domaines familiaux à fort rayonnement international. Cette pression patrimoniale soutient durablement la valorisation du foncier.
Le vignoble d'Alsace présente plusieurs traits distinctifs qui influencent durablement son marché foncier. Premièrement, sa taille modeste (15 500 hectares) par rapport aux grands bassins viticoles français (Bordeaux 105 000 ha, Champagne 34 300 ha, Bourgogne 30 000 ha) explique en partie la rareté des transactions et la faible liquidité du marché. Deuxièmement, son parcellaire morcelé — les exploitations alsaciennes sont parmi les plus petites de France, autour de 6 hectares en moyenne — limite l'apparition de domaines de grande taille sur le marché.
Troisièmement, la structure hiérarchique des AOC est particulièrement claire : AOC Alsace régionale, AOC Alsace Grand Cru (51 lieux-dits classés), AOC Crémant d'Alsace. Les Grands Crus représentent une fraction limitée de la superficie (environ 4 %) mais constituent l'épine dorsale de la valorisation patrimoniale. Quatrièmement, la filière coopérative joue un rôle structurant : les coopératives alsaciennes commercialisent environ un tiers de la production et exercent une influence stabilisatrice sur les cours du raisin et, indirectement, sur les valeurs foncières.
Enfin, l'Alsace bénéficie d'une dimension œnotouristique forte, organisée autour de la route des vins (170 km de Marlenheim à Thann) et d'un tissu de villages préservés. Cette dimension patrimoniale soutient les valeurs foncières au-delà de la stricte rentabilité agricole, particulièrement dans le Haut-Rhin.
Comme indiqué en introduction, les départements du Bas-Rhin (67), du Haut-Rhin (68) et de la Moselle (57) ne sont pas couverts par la base DVF nationale en raison du régime juridique du livre foncier. Cette singularité, héritée du droit local d'Alsace-Moselle, fait que les transactions immobilières y sont enregistrées localement et non publiées au sein de la base DVF de la DGFiP. Notre observatoire ne peut donc fournir, pour le vignoble alsacien, ni prix médian, ni analyse infra-départementale, ni détail par appellation Grand Cru.
Les statistiques publiées par le Ministère de l'Agriculture via la SAFER constituent ici notre source unique. Elles reposent sur une enquête auprès des notaires et un filtrage des transactions de plus d'un demi-hectare en bloc. Le prix publié est un prix moyen pondéré, qui surreprésente les transactions d'envergure et les appellations les plus prestigieuses. Il est utile pour analyser la tendance longue, mais moins représentatif du marché courant que ne le serait un prix médian.
Les niveaux départementaux 2024 publiés ci-dessus (Bas-Rhin 98 000 €/ha, Haut-Rhin 136 000 €/ha) sont des estimations construites à partir de l'écart historique observé en 1991 et de la moyenne agrégée SAFER 2024. Ces estimations doivent être prises avec prudence : seule la SAFER, à travers ses publications spécifiques, peut fournir des valeurs précises par département. Nous encourageons les acquéreurs à se rapprocher de la SAFER Grand Est pour des références fines par commune et par appellation.
Le tableau ci-dessous resitue l'Alsace dans la hiérarchie nationale du prix des vignes en 2024. Contrairement aux autres lignes (issues de la base DVF), la valeur pour l'Alsace est ici la moyenne SAFER, faute de données DVF.
| Vignoble | Prix 2024 (€/ha) | Source | Article détaillé |
|---|---|---|---|
| Champagne | 1 100 000 | DVF médian | Champagne |
| Bourgogne | 192 472 | DVF médian | Bourgogne-Franche-Comté |
| Alsace | 117 000 | SAFER moyen | Article courant |
| Savoie | 47 500 | DVF médian | Savoie |
| Cognac | 46 791 | DVF médian | Cognac |
| Provence | 37 425 | DVF médian | Provence |
| Beaujolais | 36 667 | DVF médian | Beaujolais |
| Jura | 34 524 | DVF médian | Jura |
| Vallée du Rhône | 20 376 | DVF médian | Vallée du Rhône |
| Val de Loire | 16 287 | DVF médian | Val de Loire |
| Bordeaux | 14 403 | DVF médian | Bordeaux |
| Languedoc | 13 603 | DVF médian | Languedoc-Roussillon |
| Sud-Ouest | 8 990 | DVF médian | Sud-Ouest |
La comparaison directe Alsace / autres vignobles doit être interprétée avec précaution : la moyenne SAFER (qui sert pour l'Alsace) tend structurellement à dépasser la médiane DVF (qui sert pour les autres vignobles), particulièrement dans les bassins à forte hétérogénéité. À niveau de marché courant équivalent, l'Alsace serait donc probablement plus proche du Cognac ou de la Provence que du niveau Bourgogne suggéré par la comparaison stricte des chiffres.
Le vignoble d'Alsace constitue, dans notre observatoire, un cas singulier : faute de données DVF disponibles (régime juridique du livre foncier d'Alsace-Moselle), l'analyse repose exclusivement sur les statistiques SAFER. Celles-ci dessinent une trajectoire atypique : pic dès le début des années 2000 (158 278 €/ha en 2005), repli progressif jusqu'à 117 000 €/ha en 2024, stabilisation récente. La progression cumulée 2000-2024 (+29 %) est l'une des plus modestes des grands vignobles français, traduisant un marché mature mais peu dynamique. Pour les acquéreurs, l'Alsace offre un foncier solide, soutenu par la dimension patrimoniale et œnotouristique, mais nécessite une analyse fine au niveau communal et par AOC (régionale, Grand Cru) que les sources publiques ne fournissent pas pleinement. Pour aller plus loin, vous pouvez consulter notre catégorie d'annonces viticoles, nos autres articles sur le prix des vignes ou télécharger notre livre blanc consacré à la création d'un domaine viticole.