Le prix des terres   

Le prix de vente des terres agricoles en Bretagne

Publié le April 8, 2026 par Bernard Charlotin
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Le prix de vente des terres agricoles en Bretagne

Mis à jour le 8 avril 2026
Nous avons construit un Observatoire du prix des terres en France à partir des données DVF publiées par l'administration fiscale. Découvrez les prix de vente des terres dans la région Bretgne depuis le 1er juillet 2020 jusqu'au 30 juin 2025.

 

La Bretagne est l'une des premières régions agricoles françaises. Avec environ 1,6 million d'hectares de surface agricole utile, elle concentre un tissu d'exploitations dense, dominé par l'élevage laitier, porcin et avicole, complété par de grandes cultures et une ceinture légumière historique autour de la baie de Saint-Brieuc et du Léon. Cette pression d'usage agricole se retrouve logiquement sur le marché foncier : la Bretagne fait partie des régions où les transactions sont les plus nombreuses chaque année.

Dans cet article, nous analysons le prix des terres agricoles en Bretagne à partir des données DVF (Demandes de Valeurs Foncières), la base publique qui recense l'ensemble des ventes immobilières enregistrées chez les notaires. Nous vous présentons les prix moyens et médians régionaux, l'évolution depuis 2020, le détail département par département, puis nous comparons ces résultats avec les statistiques officielles publiées par le Ministère de l'Agriculture à partir des remontées de la SAFER. L'objectif est de vous donner une lecture claire du marché breton, ses niveaux de prix, ses dynamiques, mais aussi les limites méthodologiques qu'il faut garder en tête.

Le prix des terres agricoles en Bretagne

Les statistiques ma-propriete.fr issues des données DVF

Les statistiques que nous présentons ici sont issues d'un traitement des données DVF réalisé en mars 2026. Nous avons isolé les transactions portant exclusivement sur des parcelles agricoles non bâties, d'une surface comprise entre 1 et 100 hectares, afin d'écarter les ventes de micro-parcelles (souvent des régularisations de bornage ou des cessions entre particuliers sans valeur de marché) et les très grandes opérations qui tirent les moyennes vers des valeurs atypiques.

Sur l'ensemble de la région Bretagne, nous avons identifié 1 389 transactions en 2024, pour un prix moyen de 5 818 €/ha et un prix médian de 5 500 €/ha. La surface moyenne des terrains vendus ressort à environ 10,15 ha. L'écart entre la moyenne et la médiane reste modéré, ce qui traduit un marché relativement homogène : le prix médian, qui représente le point milieu du marché (la moitié des ventes se font en dessous, l'autre moitié au-dessus), est souvent plus représentatif que la moyenne, car il est peu sensible aux valeurs extrêmes.

L'indicateur P10–P90 permet d'aller plus loin : en 2024, 80 % des transactions bretonnes se sont conclues entre 3 491 €/ha (P10, le seuil en dessous duquel on trouve les 10 % de ventes les moins chères) et 8 811 €/ha (P90, le seuil au-dessus duquel on trouve les 10 % les plus chères). Ce ratio P90/P10 de 2,5 est nettement plus resserré qu'à l'échelle nationale (ratio de 4,3 sur la même période), ce qui confirme que le marché foncier breton est relativement peu dispersé : les disparités de prix y sont moins marquées que dans des régions où coexistent vignobles prestigieux, zones de haute montagne et céréaliculture intensive.

Sur les cinq dernières années, la progression est régulière mais contenue. Le prix moyen passe de 5 598 €/ha en 2020 à 5 818 €/ha en 2024, soit une hausse d'environ +3,9 % sur la période. Le prix médian progresse un peu plus vite, de 5 195 à 5 500 €/ha, soit +5,9 %. Le volume de transactions s'est stabilisé autour de 1 400 ventes annuelles après le rebond de 2021, année où le rattrapage post-Covid avait porté le nombre de transactions à 1 535.

[TABLEAU 1] — Synthèse DVF des prix des terres agricoles en Bretagne (2020–2025)

Année Nombre de ventes Prix moyen (€/ha) Prix médian (€/ha) P10 (€/ha) P90 (€/ha) Surface moyenne (ha)
2020 737 5 598 5 195 3 358 8 221 9,60
2021 1 417 5 563 5 099 3 253 8 297 9,98
2022 1 535 5 601 5 191 3 325 8 500 10,19
2023 1 409 5 654 5 355 3 500 8 301 10,34
2024 1 389 5 818 5 500 3 491 8 811 10,15
2025 (1er semestre)* 561 5 708 5 438 3 499 8 499 9,93

*Les données 2025 ne couvrent que le premier semestre (janvier à juin) et restent partielles. Elles sont à interpréter avec prudence, les ventes du second semestre étant généralement plus nombreuses et susceptibles de modifier les indicateurs annuels. Les données 2024, qui couvrent une année entière, restent à ce jour la référence la plus fiable.

[GRAPHIQUE 1] — Évolution du prix moyen et du prix médian des terres agricoles en Bretagne entre 2020 et 2024, avec la fourchette P10–P90 en zone grisée.

Les statistiques du Ministère de l'Agriculture et de la SAFER

Le Ministère de l'Agriculture publie chaque année un barème indicatif du prix des terres agricoles, construit à partir des transactions suivies par la SAFER (Société d'aménagement foncier et d'établissement rural). Cette source, qui fait référence depuis plusieurs décennies, distingue deux catégories essentielles : les terres libres, vendues sans locataire en place, et les terres louées, cédées avec un bail rural en cours. Cette distinction a un sens économique fort, car la présence d'un fermier réduit la valeur vénale du bien pour l'acquéreur qui n'en aura pas la jouissance immédiate.

Selon les chiffres SAFER pour 2024, la terre libre en Bretagne s'est échangée en moyenne à 6 520 €/ha, en hausse de +5,8 % par rapport à 2023. La terre louée, elle, s'est négociée à 5 170 €/ha, avec une progression beaucoup plus modeste de +0,8 %. Sur la période 2020-2024, le prix des terres libres a progressé d'environ +9,4 % et celui des terres louées de +7,0 %, un rythme supérieur à celui que révèlent les données DVF sur le même intervalle.

Comment expliquer cet écart entre DVF et SAFER ? Plusieurs facteurs entrent en jeu, et nous y reviendrons plus en détail dans la dernière partie de l'article. Retenons pour l'instant que les deux sources ne mesurent pas exactement la même chose : DVF agrège l'ensemble des transactions enregistrées en acte notarié sur des parcelles agricoles non bâties, sans distinction entre terres libres et louées, tandis que SAFER sélectionne et catégorise les ventes selon une méthodologie dédiée à l'analyse de marché.

Voici les prix SAFER pour la Bretagne et par département sur les cinq dernières années :

Périmètre        Type            2020        2021        2022        2023        2024    
Bretagne (région) Terres libres 5 960 5 920 5 960 6 160 6 520
Bretagne (région) Terres louées 4 830 4 830 4 920 5 130 5 170
Côtes-d'Armor (22)     Terres libres 5 340 5 430 5 360 5 370 5 780
Côtes-d'Armor (22)     Terres louées 4 700 4 860 4 990 5 190 5 330
Finistère (29) Terres libres 5 090 5 200 5 170 5 220 5 420
Finistère (29) Terres louées 4 900 4 950 4 890 5 000 5 370
Ille-et-Vilaine (35) Terres libres 5 120 5 270 5 270 5 240 5 370
Ille-et-Vilaine (35) Terres louées 4 600 4 660 4 670 4 750 4 980
Morbihan (56) Terres libres 4 940 4 880 4 850 4 950 5 170
Morbihan (56) Terres louées 4 220 4 420 4 480 4 500 4 600

Source : barème indicatif du prix des terres agricoles, Ministère de l'Agriculture / SAFER, en euros courants par hectare.

Le prix des terres agricoles par département en Bretagne

La Bretagne présente une certaine homogénéité de prix, mais les quatre départements qui la composent conservent chacun des spécificités agricoles qui se traduisent dans les niveaux de valorisation. Nous passons en revue chaque département à partir des mêmes données DVF que précédemment.

Le prix des terres agricoles dans les Côtes-d'Armor (22)

Les Côtes-d'Armor sont le premier département breton en volume de transactions DVF, avec 404 ventes enregistrées en 2024. Le prix moyen y ressort à 5 921 €/ha, la médiane à 5 539 €/ha, la fourchette P10–P90 s'établissant entre 3 866 et 8 386 €/ha. La surface moyenne des parcelles échangées est de 10,34 ha.

Les Côtes-d'Armor combinent une production laitière et porcine très présente sur l'ensemble du département et une ceinture légumière sur la côte nord, autour de Saint-Brieuc et Paimpol. Cette mixité des systèmes explique en partie pourquoi le département affiche à la fois un prix moyen élevé (tiré par les terres maraîchères et les zones à forte densité d'élevage) et une médiane contenue. Sur le premier semestre 2025, 164 ventes ont été recensées, à un prix moyen de 5 890 €/ha et médian de 5 726 €/ha, ce qui confirme la tendance haussière.

Evolution-du-prix-des-terres-agricoles-dans-les-Cotes-d'Armor-entre-2020-et-2024

Le prix des terres agricoles dans le Finistère (29)

Le Finistère affiche en 2024 le prix moyen le plus élevé de Bretagne : 6 182 €/ha sur 310 transactions, pour un prix médian de 5 517 €/ha. L'écart entre moyenne et médiane (plus de 660 €/ha) est le plus important des quatre départements, ce qui traduit une plus forte dispersion : la fourchette P10–P90 s'étend de 3 403 à 10 000 €/ha, la valeur P90 la plus élevée de la région.

Cette dispersion s'explique par la présence de la célèbre ceinture dorée du nord-Finistère, autour de Saint-Pol-de-Léon et de la baie de Morlaix, où les terres maraîchères (artichauts, choux-fleurs, échalotes) se négocient à des niveaux très supérieurs à la moyenne régionale. À l'inverse, les zones d'élevage de l'intérieur du département restent sur des valeurs plus proches des standards bretons. Le premier semestre 2025 confirme cette position, avec un prix moyen de 5 837 €/ha sur 105 ventes, même si l'échantillon semestriel est trop restreint pour en tirer des conclusions définitives.

Évolution du prix des terres agricoles dans le Finistère entre 2020 et 2024

Le prix des terres agricoles en Ille-et-Vilaine (35)

L'Ille-et-Vilaine est le département breton où les terres agricoles sont, en moyenne, les moins chères. En 2024, le prix moyen DVF s'établit à 5 450 €/ha pour 379 ventes, et le prix médian à 5 300 €/ha. Les bornes P10 et P90 (3 102 et 7 977 €/ha) dessinent également le marché le plus resserré de la région : à peine 10 % des ventes dépassent 8 000 €/ha.

Le département est largement orienté vers la polyculture-élevage et les grandes cultures dans sa partie orientale. Cette homogénéité d'usage, combinée à des surfaces plus petites (9,19 ha en moyenne, le plus faible de la région), explique la relative stabilité des prix observée depuis 2020. Les données du premier semestre 2025 (162 ventes, 5 328 €/ha en moyenne, 5 149 €/ha en médiane) s'inscrivent dans la continuité, sans rupture perceptible.

Évolution du prix des terres agricoles en Ille-et-Vilaine entre 2020 et 2024

Le prix des terres agricoles dans le Morbihan (56)

Dans le Morbihan, les données DVF font ressortir un prix moyen de 5 767 €/ha en 2024, pour une médiane de 5 249 €/ha et 296 ventes recensées. C'est également le département où la surface moyenne des transactions est la plus élevée, à 11,45 ha, ce qui suggère des parcelles généralement plus vastes ou regroupées lors des cessions.

Le Morbihan reste dominé par l'élevage, mais son littoral sud subit une pression périurbaine et touristique qui peut ponctuellement tirer les prix vers le haut sur certaines communes proches du trait de côte. Le premier semestre 2025 montre d'ailleurs une surface moyenne de 12,89 ha et un P90 qui grimpe à 9 296 €/ha, signe d'une dispersion qui pourrait s'accentuer, mais ces chiffres devront être confirmés sur l'année complète.

Évolution du prix des terres agricoles dans le Morbihan entre 2020 et 2024

Méthode d'analyse et limites des statistiques

La méthode d'analyse des transactions DVF utilisée

Les statistiques DVF présentées dans cet article reposent sur un traitement réalisé en mars 2026 à partir du fichier public mis à disposition par la Direction générale des Finances publiques. Nous avons retenu uniquement les transactions correspondant à des parcelles agricoles non bâties, ce qui implique plusieurs filtres successifs :

  • exclusion des ventes comportant un bâti (habitation, ferme, hangar), pour éviter que la valeur du bâtiment ne fausse le prix à l'hectare ;
  • exclusion des parcelles de moins de 1 hectare, souvent assimilables à des régularisations foncières ou à des ventes sans valeur de marché représentative ;
  • exclusion des transactions supérieures à 100 hectares, qui correspondent le plus souvent à des opérations atypiques (cessions de GFA, apports en société, restructurations) ;
  • conservation des seules typologies cadastrales correspondant à une vocation agricole (terres labourables, prés, landes exploitées).

Pour chaque année et chaque périmètre (région, département), nous calculons quatre indicateurs clés : le prix moyen à l'hectare, le prix médian à l'hectare, et les percentiles P10 et P90 qui permettent de caractériser la dispersion du marché en écartant les valeurs extrêmes.

Les limites des données DVF

Les données DVF, aussi précieuses soient-elles, ne sont pas exemptes de limites qu'il faut garder en tête lors de l'interprétation :

  • Absence de l'Alsace-Moselle. Les trois départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle relèvent du livre foncier local et ne sont pas intégrés à la base DVF. Cette limite n'affecte pas la Bretagne mais explique les écarts possibles entre DVF et chiffres nationaux.
  • Typologie cadastrale parfois imprécise. Certaines parcelles sont enregistrées sous une nature cadastrale qui ne reflète pas leur usage réel au moment de la vente, ce qui peut introduire des biais marginaux.
  • Pas de distinction entre terres libres et terres louées. Contrairement à la SAFER, DVF ne permet pas de savoir si la parcelle est vendue occupée par un fermier ou libre de toute location. Or cette distinction influence fortement la valeur vénale : une terre louée vaut généralement 15 à 25 % de moins qu'une terre libre équivalente.
  • Ventes sous seing privé. Certaines transactions échappent totalement à DVF, notamment les cessions de parts sociales de sociétés agricoles (GAEC, EARL, GFA) qui ne font pas l'objet d'un acte notarié classique.
  • Parcelles bâties mélangées. Lorsqu'une vente regroupe des terres et un bâti dans le même acte, le prix à l'hectare calculé à partir de la valeur totale devient artificiellement élevé. Nos filtres limitent ce biais, sans pouvoir l'éliminer totalement.

Les différences avec les statistiques de la SAFER

Les écarts entre nos chiffres DVF et ceux publiés par le Ministère de l'Agriculture à partir des données SAFER ne doivent pas surprendre. Ils s'expliquent principalement par trois raisons :

  • Le périmètre. La SAFER suit uniquement les ventes notifiées dans le cadre de son droit de préemption, selon une grille de catégorisation précise (terres libres vs louées, seuils de surface, exclusion des ventes à usage non agricole). DVF est exhaustif mais sans catégorisation préalable.
  • La méthodologie de calcul. Le barème du Ministère est un prix moyen indicatif par zone, lissé et consolidé au niveau des petites régions agricoles. Les données DVF, elles, permettent de calculer une moyenne et une médiane directement à partir des transactions individuelles, sans lissage.
  • La distinction libre / louée. C'est probablement la raison la plus importante. Le chiffre SAFER pour les terres libres en Bretagne (6 520 €/ha en 2024) est mécaniquement supérieur à notre moyenne DVF tous types confondus (5 818 €/ha), car celle-ci intègre également des terres louées, structurellement moins chères.

Ces deux sources ne sont donc pas contradictoires : elles sont complémentaires. La SAFER reste la référence historique pour suivre la tendance longue et distinguer les segments du marché. DVF, de son côté, apporte un éclairage transaction par transaction, plus granulaire et plus réactif, particulièrement utile pour analyser les disparités locales et les évolutions récentes.

Conclusion

Le marché foncier agricole breton apparaît en 2024 comme un marché mature, dense en transactions et relativement homogène, avec un prix médian DVF de 5 500 €/ha et une progression modérée sur cinq ans. Le Finistère conserve la place de département le plus cher en moyenne, porté par sa ceinture légumière, quand l'Ille-et-Vilaine affiche les valeurs les plus sages. Les premiers chiffres de 2025 ne révèlent pas de rupture de tendance, mais ils restent partiels et devront être confirmés en fin d'année. Pour aller plus loin dans l'évaluation d'une parcelle précise, consultez notre observatoire du prix des terres ou notre article dédié à l'évaluation d'un terrain agricole.