Mis à jour le 8 avril 2026 : Retrouvez les données les plus récentes sur notre Observatoire du prix des terres (données DVF 2020-2025) qui présente les prix moyens, médians et les fourchettes de transactions pour votre région et chaque département.
Région agricole de premier plan, le Grand Est couvre près de 3,2 millions d'hectares de surface agricole utile et concentre une diversité productive remarquable : grandes cultures céréalières sur les sols crayeux de Champagne, polyculture-élevage en Lorraine, prairies vosgiennes et plaine d'Alsace. Cet article propose une analyse détaillée du prix des terres agricoles en Grand Est à partir des données DVF (Demandes de Valeurs Foncières), complétée par les références publiées par le Ministère de l'Agriculture et la SAFER.
Précision importante sur le périmètre : les statistiques présentées ici concernent exclusivement les terres agricoles hors vignes (grandes cultures, prairies, terres labourables). Le vignoble champenois, bien qu'emblématique de la région, est exclu de l'analyse chiffrée car il relève d'un marché AOC totalement déconnecté du foncier agricole courant. Par ailleurs, les départements de la Moselle (57), du Bas-Rhin (67) et du Haut-Rhin (68) ne figurent pas dans la base DVF en raison du régime du livre foncier d'Alsace-Moselle : l'analyse départementale porte donc sur sept départements. Enfin, les données 2025 ne couvrent que le 1ᵉʳ semestre et restent partielles : elles sont à interpréter avec prudence.
Sur le 1ᵉʳ semestre 2025, le prix moyen d'une terre agricole en Grand Est s'établit à 7 284 €/ha et le prix médian à 5 500 €/ha, sur la base de 496 transactions enregistrées (données partielles 1ᵉʳ semestre 2025, à interpréter avec prudence). Ces chiffres confirment l'année 2024 prise comme référence robuste : 7 157 €/ha en moyenne et 5 602 €/ha en médiane, pour 1 176 ventes recensées sur l'année complète.
L'écart marqué entre prix moyen et prix médian — environ 1 550 €/ha en 2024 — mérite explication. Le prix médian correspond à la valeur qui partage le marché en deux moitiés égales : la moitié des transactions se réalise en dessous, l'autre moitié au-dessus. Il reflète le prix le plus représentatif de la transaction « ordinaire ». Le prix moyen, lui, est tiré vers le haut par les ventes premium, particulièrement nombreuses dans la Marne et l'Aube. En Grand Est, cet écart de l'ordre de 28 % témoigne d'un marché très hétérogène, structuré par un noyau de transactions à haute valeur sur les terres céréalières champenoises.
Sur la période 2020-2024, le prix moyen reste remarquablement stable : -1,4 % en quatre ans. Cette quasi-stagnation nominale, dans un contexte d'inflation cumulée supérieure à 10 %, traduit en réalité une érosion en valeur réelle du foncier agricole en Grand Est. Les premières données 2025 suggèrent toutefois un léger rebond, à confirmer sur le second semestre.
| Année | Période | Nb ventes | Prix moyen | Prix médian | P10 | P90 | Surface moy. |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 2020* | S2 uniquement | 652 | 7 257 €/ha | 5 583 €/ha | 3 000 €/ha | 14 000 €/ha | 11,2 ha |
| 2021 | Année complète | 1 320 | 7 259 €/ha | 5 694 €/ha | 3 060 €/ha | 14 000 €/ha | 11,3 ha |
| 2022 | Année complète | 1 260 | 6 874 €/ha | 5 252 €/ha | 3 059 €/ha | 13 000 €/ha | 11,7 ha |
| 2023 | Année complète | 1 309 | 7 221 €/ha | 5 600 €/ha | 3 208 €/ha | 14 000 €/ha | 11,7 ha |
| 2024 | Année complète | 1 176 | 7 157 €/ha | 5 602 €/ha | 3 082 €/ha | 13 955 €/ha | 11,4 ha |
| 2025* | S1 uniquement | 496 | 7 284 €/ha | 5 500 €/ha | 3 025 €/ha | 14 480 €/ha | 10,5 ha |
* 2020 = 2ᵉ semestre uniquement ; 2025 = 1ᵉʳ semestre uniquement, données partielles à interpréter avec prudence. Source : DVF, traitement ma-propriete.fr.

Évolution du prix des terres agricoles en Grand Est — Source : DVF, traitement ma-propriete.fr
La SAFER publie chaque année, via le Ministère de l'Agriculture, des prix moyens distincts pour les terres libres (vendues sans bail en cours) et les terres louées (vendues avec un fermier en place). Ces deux références permettent de saisir l'effet du statut locatif sur la valeur foncière.
En 2024, le prix moyen des terres et prés libres en Grand Est atteint 6 810 €/ha, en hausse de +7,2 % sur un an. Sur treize ans, depuis 2011, la progression cumulée s'élève à +15,2 %. Le prix des terres et prés louées s'établit pour sa part à 6 620 €/ha, en progression de +1,8 % sur un an et de +20,8 % depuis 2012.
Particularité notable du Grand Est : l'écart entre terres libres et terres louées y est particulièrement resserré, parfois inversé selon les années. Dans la plupart des régions françaises, les terres louées se vendent 15 à 25 % moins cher que les terres libres, du fait de la décote liée à la présence d'un bail rural protecteur. En Grand Est, cette décote s'efface : le poids du marché de la Marne et de l'Aube, où les baux à long terme sont fréquents et où la qualité agronomique soutient les valeurs, lisse l'écart.
| Année | Terres libres | Terres louées | Écart |
|---|---|---|---|
| 2012 | 5 730 €/ha | 5 480 €/ha | +250 € |
| 2015 | 6 510 €/ha | 6 220 €/ha | +290 € |
| 2018 | 6 440 €/ha | 6 330 €/ha | +110 € |
| 2021 | 6 620 €/ha | 6 660 €/ha | -40 € |
| 2022 | 6 390 €/ha | 6 720 €/ha | -330 € |
| 2023 | 6 350 €/ha | 6 500 €/ha | -150 € |
| 2024 | 6 810 €/ha | 6 620 €/ha | +190 € |
Source : SAFER / Ministère de l'Agriculture — terres et prés non bâtis.

Grand Est — Prix des terres et prés libres vs louées — Source : SAFER / Ministère de l'Agriculture
La tendance longue est nette : sur treize ans, les terres louées du Grand Est ont progressé plus rapidement (+20,8 %) que les terres libres (+15,2 %). Ce mouvement reflète une revalorisation du portage locatif, soutenue par la fiscalité avantageuse des baux à long terme et par la professionnalisation des bailleurs.
Le Grand Est rassemble dix départements, mais l'analyse DVF ne porte ici que sur sept d'entre eux. La Moselle, le Bas-Rhin et le Haut-Rhin sont en effet exclus de la base nationale DVF : ces trois départements relèvent du régime du livre foncier d'Alsace-Moselle, hérité du droit local, qui prévoit une publicité foncière spécifique et ne transmet pas ses données à Etalab. Pour ces territoires, seules les références SAFER demeurent disponibles.
Les sept départements traités révèlent un contraste tarifaire marqué, allant du simple au quadruple entre le sud champenois et les massifs vosgiens.

Prix médian par département en 2024 — Source : DVF, traitement ma-propriete.fr
Les Ardennes affichent en 2024 un prix moyen de 7 358 €/ha et un prix médian de 5 994 €/ha pour 183 transactions, soit le troisième département le plus cher de la région après la Marne et l'Aube. Le 1ᵉʳ semestre 2025 confirme cette dynamique avec un prix moyen à 7 779 €/ha (données partielles, à interpréter avec prudence). Sur quatre ans, la progression du prix moyen atteint près de +0,7 %, un quasi-stagnation qui masque une réelle stabilité du marché.
Le département combine grandes cultures dans la plaine de Champagne crayeuse au sud et polyculture-élevage bovin sur les plateaux ardennais au nord. Cette dualité agronomique explique la dispersion observée : les sols céréaliers du Rethélois tirent les prix vers le haut, tandis que les prairies de l'Ardenne forestière restent nettement plus accessibles.

Ardennes — Prix DVF 2020-2025 — Source : DVF, traitement ma-propriete.fr
L'Aube se positionne comme le deuxième département le plus cher du Grand Est avec un prix moyen de 9 951 €/ha et un prix médian de 9 596 €/ha en 2024, sur 166 ventes. Le 1ᵉʳ semestre 2025 confirme cette tenue à 10 384 €/ha en moyenne (données partielles, à interpréter avec prudence). C'est le seul département du Grand Est, avec la Marne, à dépasser durablement la barre des 10 000 €/ha.
Cette valorisation s'explique par la qualité exceptionnelle des sols de la Champagne crayeuse, qui produit certaines des meilleures rentabilités céréalières de France. Si la Champagne viticole AOC est exclue de notre analyse, son existence pèse indirectement sur le marché en limitant l'offre de terres agricoles classiques disponibles à la vente.

Aube — Prix DVF 2020-2025 — Source : DVF, traitement ma-propriete.fr
La Marne est de loin le département le plus cher du Grand Est et figure dans le top 10 national. En 2024, le prix moyen y atteint 11 267 €/ha et le prix médian 11 368 €/ha, sur 254 transactions. Particularité statistique remarquable : la médiane est ici très proche du prix moyen, signe d'un marché homogène et concentré sur des valeurs élevées. Le 1ᵉʳ semestre 2025 confirme la fermeté avec 11 642 €/ha en moyenne (données partielles, à interpréter avec prudence).
La Marne combine plusieurs atouts : sols crayeux à très haut potentiel agronomique, exploitations céréalières structurées, demande soutenue des exploitants en place pour s'agrandir. Là encore, le vignoble AOC champenois est exclu de l'analyse, mais sa proximité contribue à raréfier l'offre foncière et à soutenir les valeurs.

Marne — Prix DVF 2020-2025 — Source : DVF, traitement ma-propriete.fr
La Haute-Marne offre un contraste saisissant avec sa voisine du nord. En 2024, le prix moyen y est de 4 038 €/ha et le prix médian de 3 600 €/ha pour 155 ventes, soit près de trois fois moins cher que la Marne. Le 1ᵉʳ semestre 2025 reste à ce niveau (4 104 €/ha en moyenne, données partielles, à interpréter avec prudence). Sur quatre ans, le département affiche en revanche une progression de près de +20 %, la plus forte hausse du Grand Est en valeur relative.
L'agriculture haut-marnaise est dominée par la polyculture-élevage et les prairies, sur des sols de plateau moins productifs. La pression foncière y est plus modérée, mais l'attractivité croissante des terres pour des projets d'élevage extensif et de diversification soutient la dynamique de prix.

Haute-Marne — Prix DVF 2020-2025 — Source : DVF, traitement ma-propriete.fr
La Meurthe-et-Moselle se situe dans la moyenne lorraine avec un prix moyen de 5 476 €/ha et un prix médian de 5 000 €/ha en 2024, pour 142 transactions. Le département affiche la plus forte progression du Grand Est sur quatre ans (+14,7 % en moyenne). Le 1ᵉʳ semestre 2025 marque toutefois un repli technique à 4 855 €/ha (données partielles, à interpréter avec prudence), à confirmer sur l'année complète.
L'agriculture y combine grandes cultures sur le plateau lorrain et élevage bovin. La proximité des bassins urbains de Nancy et de Metz crée une pression foncière périurbaine qui contribue à soutenir les valeurs sur certaines franges du département.

Meurthe-et-Moselle — Prix DVF 2020-2025 — Source : DVF, traitement ma-propriete.fr
La Meuse présente en 2024 un prix moyen de 5 234 €/ha et un prix médian de 5 000 €/ha, sur 131 ventes. Le 1ᵉʳ semestre 2025 reste très stable à 5 069 €/ha en moyenne (données partielles, à interpréter avec prudence). Sur quatre ans, le département progresse de +6,9 %, dans la moyenne basse du Grand Est.
Département rural à dominante grandes cultures et élevage allaitant, la Meuse se caractérise par des exploitations de taille importante (la surface moyenne par transaction y dépasse souvent 12 hectares) et un marché foncier relativement liquide en regard de sa population agricole.

Meuse — Prix DVF 2020-2025 — Source : DVF, traitement ma-propriete.fr
Les Vosges constituent le département le plus accessible du Grand Est avec un prix moyen de 3 226 €/ha et un prix médian de 3 064 €/ha en 2024, pour 145 transactions. Le 1ᵉʳ semestre 2025 confirme ce niveau bas à 3 290 €/ha en moyenne (données partielles, à interpréter avec prudence). Sur quatre ans, le prix moyen recule légèrement (-7,9 %), le seul département du Grand Est en repli net.
L'orographie explique l'essentiel : les Vosges sont avant tout un département de montagne et de moyenne montagne, dominé par l'élevage bovin laitier sur prairies, avec un fort poids forestier. Les sols y sont moins productifs, les contraintes climatiques plus fortes, et la pression foncière limitée hors des fonds de vallée.

Vosges — Prix DVF 2020-2025 — Source : DVF, traitement ma-propriete.fr
Les statistiques présentées sont issues d'un retraitement de la base DVF (Demandes de Valeurs Foncières), publiée en open data par la Direction générale des Finances publiques. Nous avons retenu les seules mutations correspondant à des terres agricoles non bâties, à l'exclusion explicite des vignes et parcelles viticoles, des terrains à bâtir, des biens mixtes intégrant des bâtiments et des transactions atypiques (donations, échanges). Pour chaque mutation, le prix unitaire à l'hectare est recalculé à partir du prix net vendeur et de la surface cadastrale réelle.
Nous calculons ensuite, pour chaque maille géographique et chaque année, le prix moyen, le prix médian, et les percentiles P10 et P90 qui délimitent le cœur du marché en écartant les 10 % de transactions les plus basses et les plus hautes. Cette approche statistique permet de neutraliser les valeurs aberrantes et de fournir une vision robuste du marché.
Plusieurs limites méthodologiques doivent être gardées à l'esprit. Premièrement, les départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin ne sont pas couverts par DVF en raison du régime du livre foncier d'Alsace-Moselle. Deuxièmement, certaines transactions peuvent être incomplètes ou mal qualifiées dans la base source, ce qui justifie l'application de seuils de cohérence (prix unitaire minimal et maximal). Troisièmement, l'année 2025 ne couvre que le 1ᵉʳ semestre : le nombre de transactions est mécaniquement réduit, ce qui rend les statistiques plus sensibles aux variations ponctuelles. Enfin, l'exclusion des vignes est essentielle pour la comparabilité régionale, mais elle prive l'analyse d'une dimension importante de l'économie foncière champenoise.
Les chiffres DVF et SAFER ne se recouvrent pas exactement, et c'est normal. La SAFER s'appuie sur les notifications de vente qu'elle reçoit dans le cadre de son droit de préemption, qu'elle retraite et regroupe en catégories (terres libres, terres louées, terres et prés bâtis ou non). Sa méthodologie privilégie une lecture économique et agronomique. DVF offre une approche plus exhaustive et plus brute : toutes les mutations réelles sont prises en compte, sans distinction préalable du statut locatif. Les deux sources sont donc complémentaires plutôt que concurrentes, et leur lecture croisée permet de cerner les évolutions du marché avec davantage de finesse.
Le marché foncier agricole du Grand Est se caractérise par une stabilité nominale (-1,4 % sur 2020-2024 en moyenne régionale) qui masque, en réalité, une érosion en valeur réelle face à l'inflation. Derrière cette moyenne, la région reste profondément contrastée : un sud champenois (Marne, Aube) dont les valeurs dépassent durablement 10 000 €/ha, un cœur lorrain intermédiaire entre 4 000 et 5 500 €/ha, et un arc Haute-Marne / Vosges nettement plus accessible. Les premières données 2025 suggèrent une légère reprise à confirmer. Pour les porteurs de projet d'installation comme pour les investisseurs, cette segmentation profonde rappelle qu'il n'existe pas un seul marché foncier agricole en Grand Est, mais une mosaïque de marchés locaux qu'il convient d'analyser au cas par cas.