Baux ruraux   

Le droit de préemption du fermier

Publié le March 6, 2023 par Bernard Charlotin
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Le droit de préemption du fermier

Mis à jour le 16 juillet 2026.

Nous sommes fréquemment interrogés sur les droits du fermier lors d’une vente de foncier. Le droit de préemption du fermier permet au preneur en place d’acheter en priorité les terres qu’il exploite lorsque son propriétaire décide de les vendre. Ce droit est encadré par l’article L412-1 du code rural. Il impose au vendeur une notification obligatoire et ouvre au fermier un délai de réponse de 2 mois. C’est l’objet de notre 6ème article consacré aux spécificités du bail rural.

Sommaire
1. Qu’est-ce que le droit de préemption du fermier en place ?
2. Quelles conditions le fermier doit-il respecter ?
3. Comment se déroule la notification du projet de vente ?
4. Dans quels cas le droit de préemption ne s’applique-t-il pas ?
5. Quel engagement pour le fermier après la préemption ?
6. Le droit de préemption du fermier en un tableau
7. FAQ : vos questions sur le droit de préemption du fermier

Qu’est-ce que le droit de préemption du fermier en place ?

Le droit de préemption du fermier en place est la priorité d’achat dont bénéficie le preneur d’un bail rural lorsque le propriétaire vend le bien loué.

Ce droit est prévu par l’article L412-1 du code rural et de la pêche maritime. C’est une disposition d’ordre public du bail rural. Elle s’applique que le bail soit écrit ou verbal. Il n’est pas possible d’y déroger.

Cette priorité est plus forte qu’un simple droit de préférence. Le fermier peut en effet contester le prix de cession s’il l’estime exagéré.

Lorsque le fermier souhaite exercer son droit de préemption, il doit se positionner sur le prix proposé par le vendeur. Pour évaluer si ce prix est cohérent avec le marché, notre observatoire du prix des terres (données DVF 2020-2025) fournit les prix moyens, médians et les fourchettes P10/P90 par département. C’est une référence objective pour négocier en connaissance de cause.

Quelles conditions le fermier doit-il respecter ?

Le fermier doit remplir trois conditions cumulatives pour bénéficier de ce droit de préemption :

  • Être agriculteur depuis au moins 3 ans,
  • Exploiter personnellement le bien vendu (participation effective et permanente),
  • Ne pas être déjà propriétaire d’une surface supérieure à 3 fois un seuil défini par le Schéma Directeur Régional des Exploitations Agricoles, le SDREA (entre 1/3 et 1 fois la surface agricole utile régionale moyenne).

Le fermier peut exercer ce droit pour exploiter lui-même. Il peut aussi subroger son conjoint, son partenaire de PACS participant à l’exploitation ou un descendant remplissant les mêmes conditions.

Comment se déroule la notification du projet de vente ?

Le vendeur doit permettre au fermier d’exercer son droit de préemption. Le projet de vente doit donc lui être notifié, généralement par le notaire, par lettre recommandée avec avis de réception ou par acte d’huissier. Cette notification contient le prix, les charges et les conditions de la vente. Elle vaut offre de vente.

Tracteur dans un champ de colza, terres agricoles soumises au droit de préemption du fermier

Le droit de préemption du fermier s’applique aux ventes de terres louées par bail rural.

Le preneur dispose alors d’un délai de 2 mois et de 3 options :

  • Exercer son droit de préemption (dans le délai des 2 mois),
  • Ne pas exercer son droit de préemption (l’absence de réponse vaut renonciation),
  • Exercer son droit de préemption sous réserve d’une révision du prix par le Tribunal Paritaire des Baux Ruraux (TPBR).

Dans ce dernier cas, le fermier comme le bailleur restent libres d’accepter le prix fixé après expertise par le Tribunal. Le fermier peut renoncer à son droit de préemption. Le propriétaire peut renoncer à la vente.

Si le propriétaire vend plusieurs parcelles dont seulement une partie est louée, il doit permettre au fermier de n’exercer son droit que sur les parcelles louées, en scindant sa vente.

Si les modalités de la vente changent après notification au preneur, la procédure doit être recommencée depuis le début. Le non-respect du droit de préemption expose en effet à la nullité de la vente et à des dommages et intérêts. Le fermier dispose de 6 mois, à compter du jour où il a connaissance de la vente, pour agir en nullité.

Dans quels cas le droit de préemption ne s’applique-t-il pas ?

Ce droit de préemption n’est ouvert que dans le cadre d’une vente (ou d’une adjudication). Il ne s’applique donc pas :

  • Lors d’une donation ou d’une succession,
  • Lorsque la vente est réalisée au profit d’un parent ou allié du propriétaire jusqu’au troisième degré inclus (grands-parents, parents, enfants, frères et sœurs, oncles et neveux),
  • Lorsque la vente est réalisée au profit de l’État ou d’une collectivité publique,
  • En cas d’expropriation pour cause d’utilité publique.

À noter : le droit de préemption de la SAFER ne peut pas s’exercer contre un fermier en place qui exploite le bien depuis au moins 3 ans.

Quel engagement pour le fermier après la préemption ?

Dernier point, le fermier ayant exercé son droit de préemption s’engage à exploiter lui-même le bien pendant au moins 9 ans en qualité de propriétaire. À défaut, il s’expose à des dommages et intérêts au profit de l’acquéreur évincé.

Le droit de préemption du fermier en un tableau

    Élément    
    Règle applicable    
    Base légale    
    Article L412-1 du code rural    
    Ancienneté requise    
    3 ans d’exercice de la profession agricole    
    Plafond de surface    
    3 fois le seuil fixé par le SDREA    
    Délai de réponse    
    2 mois après notification    
    Contestation du prix    
    Possible devant le TPBR    
    Engagement après achat    
    Exploiter personnellement pendant 9 ans    
    Cas exclus    
    Donation, succession, vente à un parent jusqu’au 3e degré, État et collectivités    
    Sanction du non-respect    
    Nullité de la vente (action sous 6 mois) et dommages et intérêts    

Le droit de préemption du fermier en résumé — Source : article L412-1 et suivants du code rural.

FAQ : vos questions sur le droit de préemption du fermier

Quelles sont les conditions du droit de préemption du fermier ?

Le fermier doit exercer la profession agricole depuis au moins 3 ans, exploiter personnellement le bien vendu et ne pas être déjà propriétaire d’une surface supérieure à 3 fois le seuil fixé par le SDREA de sa région.

Quel est le délai pour exercer le droit de préemption ?

Le fermier dispose d’un délai de 2 mois à compter de la notification du projet de vente. L’absence de réponse dans ce délai vaut renonciation à son droit.

Le droit de préemption s’applique-t-il en cas de donation ou de succession ?

Non. Le droit de préemption du fermier ne s’applique qu’aux ventes. Il est exclu en cas de donation, de succession ou de vente à un parent ou allié du propriétaire jusqu’au troisième degré inclus.

Le fermier peut-il contester le prix de vente ?

Oui. Le fermier peut exercer son droit de préemption sous réserve d’une fixation du prix par le Tribunal Paritaire des Baux Ruraux (TPBR). Après expertise, chaque partie reste libre : le fermier peut renoncer à acheter, le propriétaire peut renoncer à vendre.

Existe-t-il des cas d’exemption du droit de préemption du fermier en place ?

Oui. Le droit de préemption est écarté en cas de donation, de succession, de vente à un parent ou allié jusqu’au troisième degré, de vente au profit de l’État ou d’une collectivité publique, et en cas d’expropriation pour cause d’utilité publique.

En savoir plus :

  1. Les spécificités du bail rural
  2. Le caractère universel du bail rural
  3. Le fermage
  4. Durée et fin du bail rural
  5. Les autres types de locations agricoles
  6. Cession, échange et sous-location du bail rural
  7. Bail rural et succession
  8. La résiliation du bail
  9. Peut-on vendre des terres louées ?
  10. Peut-on vendre des vignes louées ?
  11. Comment reprendre un terrain loué pour l’exploiter ?
  12. Le contrat de location vente sur un terrain agricole
  13. Comment calculer le montant du fermage ?
  14. Comment calculer le montant du fermage pour des vignes ?

Note de l’auteur : Les informations que nous vous présentons ont un caractère purement informatif et pédagogique et ne peuvent se substituer à une analyse réalisée par un professionnel du droit rural. En cas de conflit, difficulté, … nous vous invitons à vous rapprocher d’un de ces professionnels (avocats, notaires, juristes en droit rural, …).