Acheter un hectare de terre agricole coûte en moyenne 6 400 € en France en 2024. Au même moment, la moyenne de l'Union européenne s'établit à 15 224 €/ha et un agriculteur néerlandais doit débourser près de 96 600 € pour la même surface. Autrement dit, le foncier agricole français est environ 2,4 fois moins cher que la moyenne européenne, et jusqu'à 15 fois moins cher que celui des Pays-Bas. Ce constat, souvent méconnu, interpelle : pourquoi un pays qui dispose du premier territoire agricole d'Europe occidentale affiche-t-il des prix aussi contenus ? Est-ce le signe d'un marché sous-évalué, ou la conséquence d'un modèle de régulation spécifique ?
Dans cet article, nous comparons le prix des terres agricoles en France avec celui des autres pays européens, à partir des données Eurostat (dataset apri_lprc, mise à jour de mars 2026), des statistiques du Ministère de l'Agriculture (source SAFER) et de nos propres analyses des transactions DVF. Précision importante : l'ensemble des chiffres présentés concerne les terres agricoles hors vignes (terres arables et prairies), les vignobles obéissant à une logique de marché totalement différente.
Deux sources permettent de mesurer le prix du foncier agricole français, et elles convergent remarquablement.
La première est la statistique officielle du Ministère de l'Agriculture, établie à partir des notifications SAFER : en 2024, le prix moyen des terres et prés libres s'élève à 6 400 €/ha, tandis que les terres louées (vendues avec un fermier en place) se négocient à 5 220 €/ha, soit une décote de 18 % liée au bail rural. C'est cette valeur des terres libres qu'Eurostat retient pour la France dans ses comparaisons européennes.
La seconde source est notre propre analyse des transactions DVF (Demandes de Valeurs Foncières), la base des ventes enregistrées par l'administration fiscale. Sur 14 395 ventes de terres agricoles analysées en 2024, le prix moyen ressort à 6 038 €/ha et le prix médian à 5 284 €/ha — le prix médian, qui partage les ventes en deux moitiés égales, étant moins sensible aux transactions atypiques que la moyenne. Les données 2025, désormais complètes, confirment la tendance avec un prix moyen de 6 059 €/ha. L'ensemble de ces statistiques est consultable sur notre observatoire du prix des terres agricoles.
Chiffres clés 2024
France : 6 400 €/ha (SAFER terres libres) — Moyenne UE-27 : 15 224 €/ha (Eurostat, estimation) — Pays-Bas : 96 608 €/ha — Évolution 2015-2024 : +6,7 % en France contre +37,9 % pour l'UE-27.
Eurostat publie chaque année le prix des terres arables dans les États membres. Le tableau ci-dessous présente les dernières valeurs disponibles, classées par ordre décroissant. La hiérarchie est spectaculaire : du simple au vingtuple entre les pays baltes et les Pays-Bas.

Prix des terres arables en Europe en 2024 — Source : Eurostat (apri_lprc), traitement ma-propriete.fr
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Pays
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Prix 2024 (€/ha)
|
Écart avec la France
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Pays-Bas
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96 608
|
x 15,1
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Portugal*
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76 556
|
x 12,0
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Irlande*
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50 375
|
x 7,9
|
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Luxembourg
|
48 180
|
x 7,5
|
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Autriche
|
37 600
|
x 5,9
|
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Italie (2020)
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35 447
|
x 5,5
|
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Slovénie
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28 348
|
x 4,4
|
|
Danemark
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22 468
|
x 3,5
|
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Pologne
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16 118
|
x 2,5
|
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Moyenne UE-27*
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15 224
|
x 2,4
|
|
Tchéquie
|
14 835
|
x 2,3
|
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Grèce
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14 312
|
x 2,2
|
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Espagne (2023)
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12 421
|
x 1,9
|
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Suède
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10 706
|
x 1,7
|
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Roumanie
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8 700
|
x 1,4
|
|
Bulgarie
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8 679
|
x 1,4
|
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Finlande
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8 670
|
x 1,4
|
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France
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6 400
|
Référence
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Hongrie
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6 041
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- 6 %
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Croatie
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5 965
|
- 7 %
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Slovaquie
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5 823
|
- 9 %
|
|
Lituanie
|
5 590
|
- 13 %
|
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Lettonie
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4 825
|
- 25 %
|
Prix des terres arables en Europe, dernières valeurs disponibles — Source : Eurostat (apri_lprc), traitement ma-propriete.fr. * Valeurs estimées ou provisoires selon Eurostat. Italie : dernière donnée 2020 ; Espagne : 2023.
Avec 96 608 €/ha en 2024, les Pays-Bas détiennent le record des grands pays agricoles européens. L'explication tient à une équation simple : une agriculture parmi les plus intensives et rentables du monde (horticulture, élevage laitier, cultures sous serre) sur un territoire minuscule où la terre est disputée par le logement, les infrastructures et, désormais, les politiques environnementales de réduction du cheptel. La rareté fait le prix. Le Luxembourg (48 180 €/ha) et l'Irlande (50 375 €/ha, donnée provisoire) suivent la même logique de rareté foncière et de forte pression économique.
Le mouvement le plus marquant de la dernière décennie se joue à l'Est. La Tchéquie est passée de 4 775 €/ha en 2015 à 14 835 €/ha en 2024, soit un triplement. La Bulgarie a plus que doublé (3 891 à 8 679 €/ha), tout comme l'Estonie (2 567 à 7 033 €/ha). Conséquence directe : la Roumanie, la Bulgarie ou la Pologne, longtemps considérées comme des eldorados fonciers, affichent désormais des prix supérieurs à ceux de la France. La convergence économique européenne, les aides de la PAC et l'arrivée d'investisseurs institutionnels ont profondément rebattu les cartes.
Le prix contenu du foncier agricole français n'est pas une anomalie de marché : il résulte de choix structurels et d'une géographie favorable.
Les SAFER (Sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural) disposent d'un droit de préemption sur la grande majorité des ventes de terres agricoles. Leur mission d'orientation du marché — favoriser l'installation, lutter contre la spéculation — agit comme un frein naturel à l'envolée des prix. Ce mécanisme, unique en Europe par son ampleur, maintient les valeurs foncières proches de leur valeur productive, c'est-à-dire de ce que la terre peut réellement rapporter à celui qui la cultive.
Le bail rural français offre au fermier un droit au renouvellement quasi automatique et un loyer (le fermage) encadré. Cette protection décourage une partie des investisseurs purement patrimoniaux et explique la décote de 18 % des terres louées (5 220 €/ha) par rapport aux terres libres (6 400 €/ha). Vous pouvez retrouver le détail de ces séries dans nos articles sur le prix des terres libres en France depuis 2011 et le prix des terres louées depuis 2012.
Avec environ 27 millions d'hectares de surface agricole utile (SAU), la France dispose du plus vaste territoire agricole de l'Union européenne. Cette profondeur d'offre modère mécaniquement la pression sur les prix, d'autant que les grandes régions d'élevage extensif (Massif central, Bourgogne-Franche-Comté où le prix moyen DVF reste sous les 3 000 €/ha) tirent la moyenne nationale vers le bas.
La comparaison des trajectoires est encore plus parlante que celle des niveaux. Entre 2015 et 2024, le prix moyen des terres arables dans l'UE-27 est passé de 11 043 à 15 224 €/ha (estimation Eurostat), soit une hausse de +37,9 %. Sur la même période, la France est passée de 6 000 à 6 400 €/ha : +6,7 % seulement, soit une quasi-stabilité en euros constants une fois l'inflation prise en compte.
Pour un agriculteur, cette modération est une bonne nouvelle : elle préserve la capacité d'installation et d'agrandissement, là où les exploitants néerlandais ou tchèques voient le coût d'accès à la terre s'envoler. Pour un investisseur, elle interroge : la terre française, dont le prix reste ancré à sa valeur productive, offre une sécurité patrimoniale réelle mais une perspective de plus-value plus limitée que dans les pays dérégulés. Notre guide comment évaluer le prix d'un terrain agricole détaille les critères qui font la valeur d'une parcelle.
Comparer les prix du foncier agricole entre pays impose quelques précautions :
Le prix moyen s'établit à 6 400 €/ha pour les terres libres (source SAFER) et à 6 038 €/ha selon notre analyse des transactions DVF, avec un prix médian de 5 284 €/ha. Les terres louées se négocient autour de 5 220 €/ha.
Les Pays-Bas, avec 96 608 €/ha en 2024 pour les terres arables, soit environ 15 fois le prix français. Le Portugal, l'Irlande et le Luxembourg dépassent également les 48 000 €/ha.
Non, mais elle figure parmi les moins chères. Seuls quelques pays comme la Hongrie, la Croatie, la Slovaquie, la Lituanie et la Lettonie affichent des prix inférieurs en 2024. La Roumanie, la Bulgarie et la Pologne sont désormais plus chères que la France.
Trois facteurs structurels : la régulation du marché par les SAFER, le statut du fermage qui protège l'exploitant en place, et l'abondance de la surface agricole française qui limite la pression sur les prix.
Avec 6 400 €/ha en 2024, la France demeure l'un des marchés fonciers agricoles les plus accessibles d'Europe, et surtout l'un des plus stables : +6,7 % en dix ans, contre +37,9 % pour la moyenne européenne. Cette singularité, fruit de la régulation SAFER et du statut du fermage, protège la vocation productive de la terre et la capacité d'installation des agriculteurs. Elle fait aussi du foncier agricole français un actif patrimonial défensif, dont la valeur repose sur l'économie réelle plutôt que sur la spéculation. Reste une question ouverte : la convergence européenne, qui a déjà porté les prix d'Europe centrale au-dessus des niveaux français, finira-t-elle par exercer une pression haussière sur nos campagnes ?