Trouver une exploitation agricole à vendre dans le Bas-Rhin relève moins de la sélection que de la patience : le foncier y figure parmi les plus disputés du pays, les surfaces libérées sont immédiatement absorbées par les voisins, et l'essentiel des transmissions se règle entre familles sans jamais atteindre le marché ouvert. Le peu qui s'affiche concerne surtout la moitié occidentale, plus vallonnée et moins convoitée. Les biens proposés nous sont adressés par des exploitants qui cessent leur activité, des agences spécialisées, des études notariales de Strasbourg, Saverne et Haguenau et des cabinets de transmission. Les descriptifs mentionnent la nature des sols, la contenance, la situation locative des parcelles et l'outil de production repris. Elles rejoignent le fichier alsacien de nos exploitations agricoles à vendre en France.
Trois informations manquent presque toujours à l'annonce et décident pourtant du projet : l'écart de valeur considérable entre la plaine lœssique et les marges gréseuses de l'ouest, le morcellement du parcellaire hérité, et la part de terres tenues en location. Les sections suivantes les traitent. Si le projet d'installation doit encore être monté, notre livre blanc « Créer une exploitation agricole » en expose le cadre juridique, fiscal et financier.
Le foncier forme le socle de la valeur d'une exploitation agricole. Les données de mutation ne couvrent pas ce département (livre foncier d'Alsace-Moselle), les valeurs ci-dessous sont donc celles de la région Grand Est. Les statistiques de mutation de l'administration fiscale (DVF, hors vignes) relèvent pour 2025 un prix médian de 5 611 €/ha dans le Bas-Rhin (67), un prix moyen de 7 490 €/ha et 1 233 ventes ; quatre transactions sur cinq se concluent entre 3 151 et 14 830 €/ha, pour une médiane nationale de 5 307 €/ha.
Le barème SAFER de la valeur vénale retient pour la même année 6 470 €/ha pour les terres et prés libres à la vente, en évolution de −2,4 % sur un an et de −5,5 % sur dix ans, contre 6 460 €/ha au niveau national. Les terres vendues avec un bail rural en cours y sont estimées à 6 430 €/ha, soit un niveau pratiquement identique à celui des terres libres, là où la décote nationale approche 17 %. Cette quasi-parité tient vraisemblablement au fait qu'une vente de terre louée échappe au droit de préemption de la SAFER, et au fait que le prix affiché des terres libres est minoré par des pratiques annexes, pas-de-porte ou cession séparée des droits à paiement. L'écart reste trop faible pour être interprété autrement que comme une parité.
Rapporté à la région Grand Est, dont la médiane s'établit à 5 611 €/ha, le département se situe 0 % au-dessus. Pour le détail commune par commune et pour comparer avec les territoires voisins, consultez notre observatoire du prix des terres, puis chiffrez votre reprise avec nos calculatrices financières.
Le Kochersberg et les collines de lœss qui l'entourent constituent l'un des meilleurs potentiels agronomiques français. On y trouve des structures de grandes cultures conduites en blé, maïs, betterave et houblon, sur des limons profonds qui autorisent des rendements élevés sans irrigation lourde. La plaine du Ried, entre l'Ill et le Rhin, associe maïs, prairies inondables et élevage laitier. Les exploitations maraîchères occupent une place à part, du chou à choucroute des environs d'Obernai aux cultures de plein champ de la plaine, avec des ateliers exigeants en main-d'œuvre et en logistique.
À l'ouest, le tableau change complètement. L'Alsace Bossue et les avant-monts vosgiens relèvent de la polyculture-élevage, sur des sols gréseux moins généreux, avec des exploitations de taille plus modeste et des bâtiments anciens. C'est là que se présentent la plupart des reprises accessibles à un candidat sans patrimoine préalable. Une ferme agricole à vendre y suppose souvent un projet de diversification — transformation, accueil, vente directe — car la seule production primaire ne suffit pas toujours à amortir la reprise.
Au centre, le Kochersberg et la couronne strasbourgeoise concentrent les valeurs les plus hautes : la concurrence entre agrandissement, urbanisation et infrastructures y rend une acquisition entière presque théorique. Le nord, avec l'Outre-Forêt autour de Wissembourg et de Soultz-sous-Forêts, conserve une agriculture de polyculture solide et un peu plus d'offre. La plaine de Haguenau et de Brumath mêle cultures, forêts et zones d'activité. Le piémont viticole, d'Obernai à Molsheim, réserve le foncier à la vigne et laisse peu de place aux exploitations de polyculture.
L'ouest, enfin, forme le véritable gisement d'opportunités : le pays de Saverne, le Kochersberg occidental puis l'Alsace Bossue vers Drulingen et Sarre-Union offrent des ensembles cohérents à des niveaux sans rapport avec la plaine. La vallée de la Bruche et les hautes vallées, plus pentues, relèvent de l'herbe et de systèmes extensifs. Un repreneur qui accepte de s'éloigner de la plaine multiplie considérablement ses chances d'aboutir.
La nappe rhénane, qui alimente une large part de la plaine, place le département sous des obligations strictes en matière de fertilisation et de couverture des sols : le classement en zone vulnérable, les programmes d'action successifs et les périmètres de captage encadrent directement la conduite des cultures et le stockage des effluents. Sur les terres proches des agglomérations, examinez ensuite les documents d'urbanisme et les emplacements réservés : dans un département aussi contraint, une parcelle peut se trouver inscrite dans un projet routier ou d'extension sans que l'exploitant sortant en ait tenu compte dans son prix.
Le parcellaire mérite une attention égale. L'héritage successoral a produit ici des propriétés éclatées en de nombreuses parcelles appartenant à des propriétaires distincts ; le livre foncier, registre propre aux départements de droit local, permet heureusement de reconstituer précisément qui détient quoi, et de repérer les servitudes attachées à chaque parcelle. Ce travail fait, restent les règles communes : préemption possible de la SAFER après notification, autorisation d'exploiter délivrée au regard du contrôle des structures, et maintien du fermier en place, qui peut acquérir par priorité les terres qu'il cultive.
Dans un marché aussi étroit, les filtres les plus utiles sont le secteur et la contenance plutôt que le budget : l'écart de prix entre la plaine et l'ouest gréseux rend toute comparaison trompeuse à l'échelle départementale. L'alerte par courriel reste ici le meilleur outil, car une annonce bas-rhinoise se retire souvent en quelques jours. Les cédants et leurs conseils peuvent publier leur mandat directement. À l'échelle régionale : exploitations et domaines agricoles du Grand Est.