Un hectare de vigne se négocie 5 137 € en Murcie, dans le sud de l'Espagne. Le même hectare, planté en nebbiolo sur la commune de Barolo, dans le Piémont, peut atteindre 2,3 millions d'euros. Un rapport de 1 à 450, à l'intérieur d'un même marché européen du vin, entre deux parcelles qui produisent l'une et l'autre du raisin de cuve.
La question que se posent la plupart des investisseurs est pourtant plus simple : la France est-elle chère ? Pour y répondre, nous avons rassemblé les statistiques de référence sur le prix des vignes dans les trois premiers pays producteurs de vin du monde, la France (Safer, marché 2025), l'Espagne (MAPA, enquête 2024) et l'Italie (CREA, enquête 2024), auxquelles nous ajoutons les 17 579 actes de vente de vignes analysés par notre propre observatoire à partir des données DVF. Précision de méthode, à garder en tête tout au long de la lecture : les millésimes de données diffèrent (2025 pour la France, 2024 pour l'Espagne et l'Italie) et, surtout, ces trois sources ne mesurent pas la même chose. Nous y revenons en détail plus bas, car c'est l'un des points centraux de cette comparaison.
Les trois pays pèsent ensemble près de la moitié de la production mondiale, mais leurs vignobles n'ont ni la même taille ni le même profil. Selon les premières estimations de l'Organisation internationale de la vigne et du vin pour 2025, l'Italie produit 47,3 millions d'hectolitres, la France 35,9 Mhl et l'Espagne 29,4 Mhl.
Le classement s'inverse quand on regarde les surfaces. L'Espagne conserve le plus grand vignoble du monde avec environ 910 000 hectares, devant la France (environ 740 000 ha, en recul de 4,4 % sous l'effet des arrachages) et l'Italie (environ 726 000 ha). Autrement dit, l'Espagne cultive 25 % de vigne de plus que l'Italie pour produire 40 % de vin en moins : ses rendements sont bas, son vignoble largement conduit en sec (secano), et son positionnement dominé par les vins d'entrée de gamme et le vrac.
D'où un premier paradoxe qui structure toute la comparaison : le plus grand vignoble d'Europe est aussi le moins cher des trois. La surface ne fait pas la valeur.
L'édition 2026 du rapport « Le prix des terres » publié par la FNSAFER décrit un marché viticole qui repart en volume tout en se dégradant en valeur unitaire. En 2025, 10 930 transactions ont été enregistrées (+4,5 %), portant sur 19 000 hectares pour 1,65 milliard d'euros (+16,3 %). Le marché retrouve donc de l'activité après le repli de 2022 et 2023.
Les prix moyens, eux, reculent partout :
Ces moyennes masquent une fracture régionale spectaculaire. Le Bordelais et le Sud-Ouest décrochent (Margaux perd 43 %, le Médoc 29 %, le Sud-Ouest 28 %, le Bordeaux rouge générique tombe à 6 500 €/ha) pendant que la Bourgogne, la Champagne, le Sancerrois et le nord de la vallée du Rhône progressent. La presse spécialisée résume la situation d'une formule juste : le marché 2025 offre « des poches de hausse et un océan de baisses » (Vitisphere).
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Vignoble
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Prix (€/ha)
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Évolution sur un an
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Bourgogne, 1ers crus blancs de Côte-d'Or
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environ 2 700 000
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+6 %
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Champagne, Côte des Blancs
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1 688 787
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+3 %
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Côte Rôtie
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1 350 000
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+8 %
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Margaux
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800 000
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−43 %
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Châteauneuf-du-Pape (donnée 2024)
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520 000
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non communiquée
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Sancerre
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280 000
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+8 %
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Saint-Émilion
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200 000
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−20 %
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Moyenne nationale AOP
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171 400
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−2,9 %
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Alsace, Haut-Rhin
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124 384
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−5 %
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Cognac, Borderies
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28 000
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environ −50 %
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Moyenne vignes à eaux-de-vie
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23 200
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−54,5 %
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Anjou
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15 000
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−21 %
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Moyenne nationale hors AOP
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12 800
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−7,7 %
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Muscadet Sèvre-et-Maine
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11 000
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+5 %
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Médoc
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10 000
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−29 %
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Beaujolais
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9 000
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−18 %
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Bordeaux rouge (appellation régionale)
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6 500
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−19 %
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Prix des vignes en France en 2025 — Source : FNSAFER, « Le prix des terres », édition 2026.
Un mot sur le sommet du marché : les grands crus de Bourgogne sont souvent cités autour de 6,5 millions d'euros l'hectare. Cette valeur provient d'estimations de courtiers (référence 2019) et non de statistiques de transactions, puisque les ventes y sont quasi inexistantes. Elle doit être lue comme un ordre de grandeur, pas comme un prix de marché observé.
Pour une lecture détaillée région par région, nous consacrons une série sur le prix des vignes en France, avec un article par grand vignoble (Champagne, Bourgogne, Bordeaux, Cognac, Val de Loire, Languedoc-Roussillon).
La Safer n'est pas la seule source française. L'administration fiscale publie la base DVF (Demandes de valeurs foncières), qui recense l'intégralité des ventes d'immeubles enregistrées chez les notaires, avec le prix, la date, la commune et la surface. C'est une matière brute, exhaustive, mais qui demande un travail de nettoyage avant d'être exploitable.
C'est ce que nous faisons pour l'observatoire du prix des vignes en France. Notre base couvre 17 579 transactions de parcelles de vigne, du second semestre 2020 à la fin de l'année 2025. Environ 1 200 mutations ont été écartées après croisement de chaque prix à l'hectare avec les références Safer du département concerné : ventes comprenant du bâti (chai, maison, siège d'exploitation) noyé dans le prix, terrains constructibles encore classés en vigne au cadastre, et parcelles péri-urbaines ou littorales vendues à des valeurs sans rapport avec la production. Ce qui reste correspond à des transactions de vigne nue.
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Année
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Transactions
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Prix médian (€/ha)
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Prix moyen (€/ha)
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2020 (2d semestre)
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1 624
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22 108
|
163 250
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2021
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3 239
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22 000
|
171 319
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2022
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3 416
|
24 702
|
187 522
|
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2023
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3 220
|
25 661
|
201 885
|
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2024
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3 129
|
23 337
|
204 044
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2025
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2 951
|
23 985
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205 441
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Ensemble de la période
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17 579
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23 895
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190 874
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Prix des vignes en France, actes de vente DVF — Source : observatoire ma-propriete.fr, base nettoyée 2020-2025.
Le résultat mérite qu'on s'y arrête. Le prix médian est resté remarquablement stable, entre 22 000 et 25 700 €/ha en six ans, alors que le prix moyen progressait de 26 %, de 163 250 à 205 441 €/ha. Un écart de 1 à 8,5 entre moyenne et médiane sur la même base, c'est la signature d'une distribution extrêmement asymétrique : une minorité de transactions très chères tire la moyenne vers le haut, tandis que la moitié inférieure du marché ne bouge pratiquement pas.
Rappelons la distinction, car elle est décisive ici. La médiane est le prix qui sépare le marché en deux moitiés : la moitié des hectares vendus l'ont été moins cher, l'autre moitié plus cher. La moyenne, elle, additionne tout et divise par le nombre de ventes, si bien qu'un seul hectare de Champagne à 1,1 M€ compense cinquante hectares du Languedoc à 13 000 €. Sur un marché aussi étalé que le foncier viticole, la médiane décrit le marché réellement accessible, la moyenne décrit sa valeur totale. Aucune des deux n'est fausse, elles ne répondent simplement pas à la même question.
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Vignoble
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Transactions 2020-2025
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Prix médian 2025 (€/ha)
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Évolution depuis 2021
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Champagne
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2 293
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1 000 000
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+4,5 %
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Bourgogne
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1 008
|
125 000
|
+2,4 %
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Provence
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810
|
39 864
|
+20,1 %
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Beaujolais
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959
|
39 312
|
−30,3 %
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Cognac
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657
|
28 636
|
−33,0 %
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Vallée du Rhône
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3 179
|
20 357
|
+1,8 %
|
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Val de Loire
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1 524
|
17 000
|
+5,7 %
|
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Bordeaux
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1 388
|
15 434
|
−53,1 %
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Roussillon
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1 041
|
13 918
|
+25,5 %
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Languedoc
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4 169
|
13 531
|
+0,0 %
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Sud-Ouest
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332
|
9 205
|
−17,7 %
|
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France entière
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17 579
|
23 985
|
+9,0 %
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Prix médian des vignes par vignoble, actes de vente DVF — Source : observatoire ma-propriete.fr. Évolution mesurée depuis 2021, première année complète de la base.
Deux mouvements ressortent avec force, et ils recoupent exactement ce que décrit la Safer. Le Bordelais perd plus de la moitié de sa valeur foncière médiane en quatre ans (32 922 €/ha en 2021, 15 434 €/ha en 2025), sur un échantillon de 1 388 transactions. Le Cognac décroche de 33 %, l'essentiel de la chute se concentrant sur la seule année 2025 (46 791 €/ha en 2024, 28 636 €/ha en 2025, soit −39 % en douze mois). Deux sources indépendantes, deux méthodes différentes, le même diagnostic.
À l'inverse, le Languedoc et la vallée du Rhône affichent une stabilité presque parfaite sur cinq ans. Leur foncier était déjà au plancher en 2021 : il ne baisse plus, faute de marge. La Champagne et la Bourgogne, elles, tiennent leur niveau, autour de 1 000 000 et 125 000 €/ha respectivement.
Une limite doit être signalée, et elle joue dans les deux sens. DVF n'enregistre que les ventes d'immeubles : les cessions de parts de sociétés (GFV, SCEV, SCI), par lesquelles se transmettent la plupart des grands domaines, échappent entièrement à la base. Le haut du marché est donc sous-représenté. Symétriquement, la Champagne pèse 13 % des transactions DVF alors qu'elle ne représente que 5 % des surfaces viticoles françaises, du fait d'un parcellaire très morcelé et d'un marché actif : elle gonfle mécaniquement la moyenne. C'est une raison de plus de retenir la médiane comme repère du marché courant.
Le ministère espagnol de l'Agriculture (MAPA) publie chaque année une Encuesta de Precios de la Tierra, enquête sur la valeur des terres. Pour 2024, le viñedo de transformación (vigne de cuve) ressort à 16 327 €/ha en moyenne nationale, en très légère hausse (+0,5 %). Le détail par mode de conduite révèle une divergence intéressante : la vigne en sec (secano) s'établit à 15 358 €/ha tandis que la vigne irriguée (regadío) atteint 17 735 €/ha, mais recule de 5,7 %.
Ce recul du regadío n'est pas anecdotique. Il touche précisément le segment des vins de volume, celui qui alimente le vrac et l'entrée de gamme, c'est-à-dire le même segment que celui qui s'effondre en Languedoc et dans le Bordelais générique. La crise de la consommation de vin frappe les trois pays, et elle frappe d'abord le même type de vigne.
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Région ou zone
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Prix (€/ha)
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Rías Baixas, parcelles premium (estimation presse 2023)
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jusqu'à environ 200 000
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Galice (secano)
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60 473
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Pays basque (Rioja Alavesa)
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57 425
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La Rioja
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40 155 (secano) / 44 509 (regadío)
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Navarre (regadío)
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32 745
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Castille-et-León, regadío (zone Ribera del Duero)
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24 716
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Andalousie (secano)
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19 122
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Moyenne nationale (viñedo de transformación)
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16 327
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Castille-La Manche
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7 345 (secano) / 14 753 (regadío)
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Aragon et Murcie (secano)
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6 140 et 5 137
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Prix de la vigne en Espagne en 2024 — Source : MAPA, Encuesta de Precios de la Tierra, sauf mention contraire.
L'étagement est net : de la Manche (7 345 €/ha en sec, premier vignoble du monde par la surface) à la Galice (60 473 €/ha), le rapport atteint 1 à 8 dans la statistique officielle. Sur le terrain, il est plus large encore : la presse spécialisée espagnole rapporte des transactions à 200 000 €/ha sur les meilleures parcelles d'albariño des Rías Baixas, portées par la demande mondiale. Cette dernière valeur est une estimation de marché, non une donnée d'enquête, et doit être maniée avec prudence.
Notons enfin une limite de la source : le MAPA ne publie pas de prix par appellation. Il n'existe donc pas de statistique officielle pour Jerez ou pour le Penedès (zone du cava).
L'Italie procède autrement. Le CREA (Consiglio per la ricerca in agricoltura) conduit chaque année une enquête sur le marché foncier auprès d'experts locaux, et publie non pas des prix moyens mais des fourchettes de valeur par zone viticole, pour 83 zones dans l'édition 2024. L'indice des vignobles progresse d'environ 1 % sur l'année.
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Zone viticole
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Fourchette (€/ha)
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Barolo (Langhe, Piémont)
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300 000 à 2 300 000
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Alto Adige (Lago di Caldaro)
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jusqu'à environ 1 100 000
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Brunello di Montalcino et Bolgheri (Toscane)
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250 000 à 1 000 000
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Prosecco DOCG (Conegliano-Valdobbiadene)
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330 000 à 550 000
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Chianti Classico
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150 000 à 210 000
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Etna (Sicile)
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jusqu'à environ 100 000
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Oltrepò Pavese (Lombardie)
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25 000 à 38 000
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Sardaigne
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25 000 à 35 000
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Pouilles
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20 000 à 33 000
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Valeur des vignobles italiens par zone en 2024 — Source : CREA, 75e Indagine sul mercato fondiario.
Aucune moyenne nationale officielle n'existe donc pour l'Italie. La seule estimation d'ensemble disponible, produite par Vinitaly et l'Unione Italiana Vini en 2021, valorisait le vignoble italien à environ 56 milliards d'euros, soit près de 84 000 €/ha. Cet ordre de grandeur date de cinq ans et repose sur une méthode de valorisation globale : il sert de repère, pas de référence de transaction.
Le fait marquant est ailleurs : l'Italie présente le plancher le plus élevé des trois pays. On ne trouve pratiquement pas de vigne en dessous de 20 000 €/ha, y compris dans les Pouilles ou en Sardaigne, là où la France descend à 6 500 € et l'Espagne à 5 100 €. Cette différence tient largement à la structure du foncier italien : parcellaire très morcelé, forte concurrence entre acheteurs locaux, et un statut du fermage qui laisse peu de terres disponibles.
C'est le point le plus important de cet article, et celui que la plupart des comparaisons publiées négligent. Les chiffres nationaux que l'on trouve sur le prix des vignes ne mesurent pas la même grandeur.
Quatre sources, quatre objets mesurés
Safer (France) : prix moyens de transactions réellement conclues, relevés au fil des notifications de vente. C'est une mesure de flux, sensible à la composition des ventes de l'année.
MAPA (Espagne) : enquête de valeur auprès d'informateurs sur l'ensemble du parc de vigne. C'est une mesure du stock, plus stable mais moins réactive.
CREA (Italie) : fourchettes d'expertise établies par zone auprès de professionnels locaux. Ni flux ni stock : un dire d'expert, très fin géographiquement, mais sans moyenne agrégée.
DVF (observatoire ma-propriete.fr) : actes de vente exhaustifs, tous segments confondus, hors cessions de parts de société. Un flux également, mais non filtré par appellation, et exprimé en médiane.
Conséquence pratique : mettre côte à côte « 171 400 € en France » et « 16 327 € en Espagne » n'a aucun sens. Le premier chiffre ne porte que sur les vignes AOP françaises, le second sur la totalité du vignoble espagnol, appellations prestigieuses et vignes de vrac confondues.
Le cas français le montre à lui seul. Trois chiffres coexistent pour 2025, tous exacts : 171 400 €/ha (moyenne Safer des vignes AOP), 205 441 €/ha (moyenne DVF de tous les actes de vente) et 23 985 €/ha (médiane DVF de ces mêmes actes). Le premier isole un segment, le deuxième additionne tout le marché en laissant la Champagne peser de tout son poids, le troisième décrit la transaction ordinaire. Il n'existe donc pas un prix de la vigne française, mais un prix par question posée.
De cette observation découle une règle simple. Face à la moyenne espagnole du MAPA, qui porte sur la totalité du vignoble, appellations prestigieuses et vignes de vrac confondues, il ne faut surtout pas placer les 171 400 € de la Safer, qui ne concernent que les AOP françaises. Le vis-à-vis pertinent est notre repère DVF sur l'ensemble du vignoble : 23 985 €/ha de médiane en France, contre 16 327 €/ha de moyenne en Espagne, soit un rapport d'environ 1,5. Le rapprochement reste imparfait, une médiane n'étant pas une moyenne, mais il divise l'écart apparent par sept.
Face aux fourchettes italiennes du CREA, établies zone par zone, ce sont nos médianes par vignoble qui font sens. Et la lecture surprend : le Languedoc à 13 531 €/ha et le Val de Loire à 17 000 €/ha se situent en dessous des Pouilles (20 000 à 33 000 €/ha) et de l'Oltrepò Pavese (25 000 à 38 000 €/ha), c'est-à-dire des zones les moins chères d'Italie. Sur le segment courant, la France est aujourd'hui moins chère que l'Italie.
La comparaison régionale avec l'Espagne est plus frappante encore. Le Bordelais, dont la médiane DVF est tombée à 15 434 €/ha en 2025, est désormais nettement au-dessous de la moyenne de La Rioja (40 155 €/ha en sec) et se retrouve au niveau de la Castille-La Manche irriguée (14 753 €/ha), c'est-à-dire du plus vaste vignoble de vrac du monde. Il y a cinq ans, la même médiane bordelaise s'établissait à 32 922 €/ha, à parité avec la Rioja. Le décrochage n'est pas un ressenti de marché : il est mesurable dans les actes.
Reste que la seule comparaison réellement rigoureuse consiste à raisonner par gamme, en rapprochant des vignes qui produisent des vins de niveau comparable.
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Gamme
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France
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Espagne
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Italie
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Vignes courantes et vrac
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6 500 à 13 000
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5 000 à 15 000
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20 000 à 38 000
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Appellations intermédiaires
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15 000 à 125 000
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20 000 à 60 000
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100 000 à 210 000
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Appellations fortes
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200 000 à 520 000
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60 000 à 200 000
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330 000 à 550 000
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Vignobles d'exception
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1 à 6,5 M€
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pas d'équivalent documenté
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1 à 2,3 M€
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Repère toutes vignes confondues
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23 985 (médiane DVF)
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16 327 (moyenne MAPA)
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environ 84 000 (estimation 2021)
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Repère (surface et production 2025)
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740 000 ha, 35,9 Mhl
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910 000 ha, 29,4 Mhl
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726 000 ha, 47,3 Mhl
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Lecture indicative par gamme, en €/ha — Rapprochement établi par ma-propriete.fr à partir des données Safer 2025, DVF 2025, MAPA 2024, CREA 2024 et OIV 2025. Les trois repères de la ligne « toutes vignes confondues » relèvent de méthodes distinctes (médiane d'actes, moyenne d'enquête, estimation globale) et ne se comparent qu'en ordre de grandeur.
Le résultat surprend : à gamme comparable, les trois pays sont proches. L'entrée de gamme se tient partout entre 5 000 et 15 000 €/ha, sauf en Italie où le plancher est plus haut. Le milieu de gamme se situe dans une bande de 20 000 à 200 000 €/ha dans les trois pays. Les écarts n'apparaissent vraiment qu'au sommet, où la France conserve une position à part avec la Bourgogne, la Champagne et le nord du Rhône. L'Italie tient le second rang avec le Barolo, Montalcino et l'Alto Adige. L'Espagne, elle, n'a pas de segment documenté au-delà de 200 000 €/ha.
Derrière ces trois marchés, un seul mécanisme économique. Le prix du foncier viticole capitalise la rentabilité attendue de la production, elle-même déterminée par le prix de vente de la bouteille et par la rente d'appellation, c'est-à-dire la valeur du droit de produire sous une dénomination protégée. Un hectare de Barolo se paie 2,3 millions d'euros parce que le vin qui en sort se vend cher, durablement, et que la surface plantable est administrativement bornée. Un hectare des Pouilles ou de la Manche se paie 20 à 40 fois moins pour la raison inverse.
Le corollaire de cette loi se vérifie en ce moment même, et dans les trois pays simultanément. La baisse de la consommation mondiale de vin frappe d'abord les vins courants, et donc d'abord le foncier qui les produit : le regadío espagnol perd 5,7 %, les vignes hors AOP françaises 7,7 %, le Cognac 54,5 %, tandis que le vignoble de vrac du sud de l'Italie reste atone. Les appellations à forte notoriété, elles, tiennent, voire progressent. Ce n'est pas une crise du foncier viticole : c'est une crise de la moitié basse du foncier viticole. Nos propres relevés d'actes le confirment sans ambiguïté : la médiane nationale ne bouge pas depuis six ans, mais celle du Bordelais a été divisée par deux et celle du Cognac par un tiers.
Pour un acquéreur, la conséquence est directe. La moyenne nationale, quel que soit le pays, ne renseigne sur rien. Le seul raisonnement utile part de l'appellation, du prix de vente moyen de son vin, du rendement autorisé et du coût de production, pour reconstituer une rentabilité à l'hectare et vérifier ce que le prix demandé implique en termes de retour sur investissement. C'est la démarche que nous détaillons dans notre livre blanc consacré à la création d'un domaine viticole.
Trois marchés, une même grille de lecture. La France n'est ni chère ni bon marché dans l'absolu : elle détient le sommet le plus haut d'Europe, un milieu de gamme comparable à celui de ses voisins, et une entrée de gamme désormais alignée sur l'Espagne, et même inférieure à l'Italie. Le vrai enseignement de cette comparaison n'est pas un classement entre pays, mais l'ampleur des écarts à l'intérieur de chacun d'eux : de 1 à 400 en France, de 1 à 8 dans la statistique officielle espagnole, de 1 à 100 en Italie.
Le second enseignement tient au choix du chiffre. Selon que l'on retient la moyenne AOP de la Safer, la moyenne de nos actes de vente ou leur médiane, la vigne française vaut 171 400, 205 441 ou 23 985 €/ha. Ces trois valeurs sont justes et répondent à trois questions différentes. Pour un acquéreur, c'est la médiane par vignoble qui compte, et elle raconte une histoire nette : un marché national immobile depuis six ans, un Bordelais qui a perdu la moitié de sa valeur, un Cognac en chute libre, une Champagne et une Bourgogne qui ne cèdent rien.
Comparer des moyennes nationales revient donc à additionner un grand cru et une vigne de vrac. Comparer des gammes, en revanche, apprend quelque chose. Et pour un projet d'acquisition, seule compte l'analyse à l'échelle de l'appellation, voire du climat ou de la parcelle.
Sources : observatoire du prix des vignes ma-propriete.fr (base DVF nettoyée, 17 579 transactions, 2020-2025) ; FNSAFER, « Le prix des terres », édition 2026 (marché des vignes 2025) ; MAPA, Encuesta de Precios de la Tierra 2024 ; CREA, 75e Indagine sul mercato fondiario 2024 ; OIV, premières estimations de la production mondiale de vin 2025 ; Vitisphere, Réussir Vigne, Vinetur, La Semana Vitivinícola, I Numeri del Vino.